[Note 208: ][ (retour) ] Température de la Lusitanie septentrionale:
COÏMBRE, d'après Coello.
Hiver 11°,24
Printemps 17°,25
Été 20°,50
Automne 17°,40
Moyenne 16°,68
Mois le plus froid (janvier) 10°,7
Mois le plus chaud (juillet) 20°,8
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Écart 10°,1
PORTO, d'après D. Luiz (huit années).
Hiver 10°,6
Printemps 14°,8
Été 21°,0
Automne 16°,2
Moyenne 15°,6
Mois le plus froid (janvier) 10°,1
Mois le plus chaud (août) 21°,3
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Écart 11°,2
Une autre conséquence de l'extrême humidité de l'air et de la fréquence des pluies est la multitude et l'abondance des cours d'eau. Camões et, depuis ce grand poëte, des écrivains sans nombre ont célébré la beauté des campagnes de Coïmbre qu'arrose le Mondego, le charme des cascades qui ruissellent entre les branches, la pureté des sources qui s'élancent des roches tapissées de verdure. Au nord du Mondego, le Vouga, qui va se perdre dans les étangs marins d'Aveiro, puis les divers affluents du Douro, et par delà ce fleuve, l'Ave, le Cávado, le Neiva, la Lima serpentent également dans les campagnes les plus riantes, où la grâce de la végétation se trouve rehaussée par le contraste des rochers et des montagnes. La Lima n'est pas la seule rivière de ces contrées qui eût mérité de faire oublier aux soldats romains les fleuves de leur patrie et de recevoir d'eux, ainsi que l'affirme une tradition sans valeur, le nom de la source grecque du Léthé. Tous les autres fleuves des provinces septentrionales ont des rivages si charmants, que, n'était la trop grande fréquence des pluies, on voudrait y vivre et y mourir. La Lima, appelée Limia par les Espagnols, est de tous les cours d'eau de la Péninsule le seul qui se trouve encore dans sa période de transition géologique. Les autres ont déjà vidé les lacs du plateau dans lesquels s'amassaient leurs eaux supérieures. La Lima, que retenait à l'ouest une digue de rochers plus difficile à percer que celle du Tage et du Douro, n'a pas encore complétement emporté le trop-plein de son bassin d'origine: un grand marécage, la lagune Beon, ou Antela, rappelle les temps où une vaste mer intérieure, semblable au lac de Genève, emplissait encore son beau cirque de montagnes.
La pente moyenne des fleuves portugais est trop considérable et les barres qui en défendent l'entrée sont trop périlleuses pour qu'ils aient pu acquérir une grande importance comme chemins de navigation. Tous ont, il est vrai, leur port d'accès, mais, à l'exception du Douro, qui roule les eaux d'un sixième de la péninsule Ibérique, aucun ne peut servir de débouché à de castes districts de l'intérieur et, par conséquent, n'a de valeur sérieuse pour le commerce général de la contrée. Bien différente du littoral de la Galice, si bizarrement découpé en golfes et en rias, en innombrables havres de refuge, la côte de tout le Portugal du Nord se développe en longues plages, fort dangereuses quand souffle le vent du large, et redoutées à bon droit par les marins. De la bouche du Minho au cap Carvoeiro, sur un développement d'environ 300 kilomètres, la plage ressemble à celle des Landes françaises, entre l'estuaire de la Garonne et la base des Pyrénées. Sauf le cap de Mondego et quelques monticules isolés, au pied desquels s'enracinent les sables, la côte ne présente que de longs estrans aux courbes régulières; toutes les inégalités primitives du littoral, toutes les baies de formes diverses qui pénétraient au loin entre les bases des montagnes, ont été masquées par le cordon de sable, et les vagues le renouvellent incessamment en se servant des matériaux que leur apportent les fleuves et de ceux qu'elles prennent elles-mêmes en sapant les rochers granitiques de la Galice. A la fin de l'époque glaciaire qui avait transformé l'Europe occidentale en un autre Groenland, les plaines du Portugal étaient depuis longtemps débarrassées de leurs glaces, tandis que les rivages de la Galice et des Asturies en étaient encore encombrées; aussi les alluvions ont-elles pu faire leur oeuvre au midi, tandis que plus au nord elle est encore bien loin d'être achevée. L'apparence générale de la contrée témoigne que toute la basse vallée du Vouga était jadis un golfe se ramifiant au loin dans les terres; mais d'un côté les dépôts marins, de l'autre les apports fluviaux ont comblé en grande partie l'ancienne mer intérieure. Géologiquement, le bassin d'Aveiro offre la plus grande ressemblance avec le bassin d'Arcachon. Ses eaux, de même que celles de tous les fleuves de la côte, sont extrêmement poissonneuses; mais le Douro est le cours d'eau le plus méridional de l'Europe où pénètrent encore les saumons. La vie animale est tellement surabondante dans certaines parties du Duero espagnol, que, suivant le proverbe, «son eau n'est pas de l'eau, mais du bouillon.»
Comme la côte des Landes, la plage rectiligne de Beira-mar est en grande partie bordée de dunes qu'a dressées le souffle de la mer. Derrière ces dunes, les eaux douces de l'intérieur, remplaçant peu à peu les eaux salées des anciens golfes, se sont amassées en étangs insalubres, et leurs bords, comme ceux des eaux dormantes du sud-ouest de la France, sont couverts de bruyères diverses, de fougères,
d'arbousiers, de superbes genêts, hauts de 6 à 10 mètres, tandis que les forêts voisines sont formées de chênes-liéges et de pins. Une même formation géologique a donné à l'ensemble de la végétation la même physionomie. Jadis aussi les dunes de la côte portugaise étaient mobiles et marchaient à l'assaut des campagnes cultivées de l'intérieur, mais, bien avant qu'on ne songeât en France à les fixer par des semis, on avait eu cette idée en Portugal. Du temps du roi Diniz «le Laboureur», dès le commencement du quatorzième siècle, les collines de sable avaient déjà cessé de marcher; des forêts de pins les avaient consolidées.
Les habitants de la partie cultivable des bassins du Minho et du Douro sont très-nombreux, proportionnellement à la surface du sol. Dans la province comprise entre les deux fleuves, la population est même beaucoup plus dense que dans la province limitrophe de Pontevedra, la plus riche de toute l'Espagne en hommes. Si la France était relativement aussi peuplée que l'est la province du Minho, elle aurait près de 70 millions d'habitants. Pour trouver dans cet espace étroit la nourriture suffisante, il faut que les Portugais du Nord travaillent avec beaucoup de zèle, et leur province est, en effet, la mieux cultivée de la Péninsule. Ce fait s'explique d'ailleurs par la raison bien simple que les cultivateurs sont en grand nombre propriétaires ou du moins afforados, c'est-à-dire usufruitiers inamovibles, moyennant un tribut nominal de quelques francs au propriétaire en titre. Presque tous les paysans possèdent un intérêt direct dans la bonne exploitation des richesses du sol, et peuvent transmettre leur propriété à l'un de leurs enfants, qui dédommage ses frères et ses soeurs par une certaine somme que fixe la loi. Grâce à cette tenure du sol, presque toutes les parties basses de la Lusitanie du Nord sont cultivées comme un jardin. Dès le siècle dernier, Link constatait que le nombre des paysans aisés était en raison inverse du luxe des monastères et de l'étendue des grandes propriétés: il n'est pas rare de rencontrer dans le Minho des paysannes portant, comme les Frisonnes et les riches Serbiennes, de véritables fardeaux de bijoux, surtout des colliers d'or, de style mauresque. Les habitants de la contrée font preuve de la plus ingénieuse industrie pour arroser les pentes supérieures des collines rocailleuses; en plusieurs endroits, leurs travaux de recherche à la poursuite des sources ressemblent à des galeries de mines. Nombre de montagnes ont été taillées en terrasses geios que l'on arrose avec le plus grand soin et qui sont cultivées en prairies artificielles. Ce remarquable amour du travail s'associe chez les Portugais du Nord à de hautes qualités morales. D'après le témoignage universel, les habitants de ces contrées seraient certainement les meilleurs de tout le Portugal par la douceur du caractère, la gaieté, la bienveillance; pour la danse et les chants, ce sont, dit un auteur, de vrais bergers de Théocrite. Souvent un jeune homme défie envers un de ses compagnons, et l'autre lui répond en chantant des rimes improvisées. Quelques-unes des populations du littoral ont aussi une véritable beauté. Les femmes d'Aveiro, quoique souvent affaiblies par les fièvres paludéennes, ont la réputation d'être les plus jolies de tout le Portugal. M. Latouche croit reconnaître dans les indigènes de ces districts les traits, la physionomie, les moeurs d'une population orientale.