[Note 218: ][ (retour) ] Principales villes de l'Alemtejo et de l'Algarve:
Evora 13,000 hab.
Elvas 12,000 »
Faro 10,000 »
Tavara 9,000 »
Loulé 8,500 »
Lagos 8,000 »
Portalegre 6,500 »
Beja 6,600 »
V
PRÉSENT ET AVENIR DU PORTUGAL.
Le petit royaume de Portugal n'en est plus maintenant, comme à la fin du quinzième siècle, à se partager le monde avec ses voisins les Espagnols, et c'est même à grand'peine s'il peut retenir en son pouvoir quelques faibles parties de son immense empire colonial d'autrefois. Pour garder le monopole de ses découvertes, le gouvernement portugais avait fait observer le secret le plus jaloux: peine de mort était prononcée contre l'exportation de toute carte marine indiquant la route de Calicut; mais de pareilles mesures ne firent de tort qu'aux Portugais eux-mêmes. En observant un tel secret pour leurs explorations, en veillant sur leurs archives avec tant de soin, ils finirent par oublier leurs propres conquêtes et par s'en interdire l'exploitation: mainte route des mers que leurs navires avaient découverte les premiers dut être retrouvée une seconde fois, et par les navigateurs d'autres nations. D'ailleurs, l'immense rôle de conquérants et de colonisateurs que s'étaient donné les Portugais était trop grand pour un petit peuple sans liberté. La nation fut bientôt épuisée, et d'autres acteurs, les Hollandais, les Anglais, les Français, entrèrent en scène sur ce vaste théâtre du monde que les Portugais avaient voulu garder pour eux seuls. Actuellement ceux-ci possèdent encore en dehors de l'Europe un territoire égal en superficie à vingt fois l'étendue de leur propre patrie, mais qu'est cela en comparaison de ce qu'ils ont perdu?
Les descendants de Vasco de Gama et d'Albuquerque n'ont plus, pour ainsi dire, qu'un pied à terre dans cette péninsule de l'Inde, dont ils ont eu la gloire de découvrir la route marine. Goa, Salsette, Bardez, Damão, Diu, n'ont guère avec leur territoire plus de 4,000 kilomètres carrés, et n'appartiennent au Portugal que grâce à la bonne volonté de l'Angleterre. Macao, à l'entrée de la rivière de Canton, n'était, tout récemment encore, qu'un entrepôt de chair humaine, d'où les traitants exportaient des «engagés» chinois aux plantations du Pérou. Le monde insulaire qui rattache l'Asie au continent australien, et qui fut autrefois le domaine le plus précieux et le plus anxieusement surveillé des Portugais, se trouve maintenant presque en entier en d'autres mains, et les anciens conquérants n'ont plus qu'une moitié de l'île de Timor et l'îlot de Kambing. En Afrique, il est vrai, l'étendue des territoires auxquels prétend le Portugal est fort considérable; et, si l'on en jugeait par les documents officiels, toute la largeur du continent, d'Angola et de Mossamedes à Mozambique et à Sofala, serait une terre lusitanienne; mais cette terre est encore, en grande partie, à connaître, et ceux qui se livrent à ce travail d'exploration ne sont point des Portugais: l'anglais Livingstone est le voyageur auquel la géographie doit la conquête scientifique de ces contrées. Les seuls établissements sérieux qui ne soient pas de simples comptoirs ou des fortins assiégés par les populations sauvages, sont ceux de l'Afrique occidentale, au sud du Congo; mais ils appartiennent pour la plupart à des maisons de commerce hollandaises. Quelques hectares de terrain sur les côtes de la Guinée septentrionale et de la Sénégambie complètent, avec l'île de Santo Thomé, Principe et l'archipel du Cap-Vert, les possessions portugaises de l'Afrique. Quant au Brésil, la riche colonie du Nouveau Monde, il vit, depuis un demi-siècle, d'une vie indépendante, et dépasse de beaucoup la mère patrie en population et en richesse. Enfin, les terres atlantiques de Madère et des Açores, les premières conquêtes des navigateurs de Lisbonne, sont considérées comme partie intégrante du Portugal, et forment des provinces assimilées en droits à celles de la terre ferme. Ce ne sont pas les moins riches, et récemment encore, avant que la conscription n'enlevât la jeunesse de ces îles, elles jouissaient de la plus grande prospérité [219].
[Note 219: ][ (retour) ] Possessions du Portugal:
Superficie. Population
en 1871.
ATLANTIQUE:
Açore 2,581 kil. car. 238,930 hab.
Madeira, etc. 815 » 118,380 »
AFRIQUE:
Iles du Cap-Vert 4,271 kil. car. 76,000 »
Sénégambie 69 » 8,500 »
S. Thomé et Principe 1,177 » 23,680 »
Ajuda 35 » 700 »
Angola, Benguela, Mossamedes 809,400 » 2,000,000 »
Mozambique, Sofala, etc. 991,150 » 300,000 »
ASIE:
Goa, Salsette, etc. 3,748 kil. car. 474,240 »
Damão 403 » 40,980 »
Diu 7 » 12,300 »
Moitié de Timor et Kambing 14,316 » 250,000 »
Macao 3 » 71,740 »
_____________________ ________________
Ensemble des possessions 1,827,975 » 3,635,450 »
Lorsque le Portugal perdit avec le Brésil la seule partie de son empire colonial qui lui donnât une importance réelle dans l'assemblée des nations, le petit peuple européen se trouvait dans un état de prostration vraiment lamentable. Épuisé par la guerre étrangère, il se débattit encore pendant de longues années dans les dissensions civiles. Ses finances étaient absolument ruinées, et le manque de communications à l'intérieur, de débouchés à l'extérieur, ne permettait pas de ramener la richesse dans le pays par l'exportation des denrées nationales. Le Portugal aurait pu disparaître tout à coup, qu'à l'exception de quelques commerçants anglais, propriétaires des vignobles du Douro, et des contrebandiers espagnols de la frontière, personne, dans le reste du monde, n'aurait eu à se plaindre d'avoir ses intérêts lésés. Encore en 1851 il n'existait dans toute l'étendue du Portugal qu'une seule route carrossable, celle de Lisbonne à Cintra, si l'on peut donner le nom de route à une simple allée de plaisance entre deux palais royaux. D'ailleurs l'état intellectuel de la contrée ne laissait pas moins à désirer que l'état économique. L'ignorance dans laquelle vivaient les Lusitaniens au milieu du siècle était à peu près comparable à celle de leurs voisins du Maroc, au sud du golfe des Algarves. Dans les districts septentrionaux, Vianna, Braga, Bragança, une jeune fille sachant lire était un véritable phénomène. Il est vrai que ces ignorants du Portugal, bien différents de tant de paysans du nord de l'Europe, presque lettrés et pourtant restés grossiers, savent discuter avec modération, parler avec élégance, et même improviser des vers où ne manquent ni le mètre, ni la césure, ni la véritable poésie.