Paulette, encouragée à la résistance, pleurnichait, se rebiffait. Il l’entraîna par la main hors de la chambre ; sur l’escalier, Hélène les rejoignit :

— Laisse-la, commanda-t-elle, énervée contre tous les deux, c’est moi qui la mènerai coucher.

Il rentra ; son absence avait duré une minute à peine. Par une méfiance insolite, il regarda sur la table du jeu les mises imprudemment prêtées. Celle d’Hélène paraissait intacte ; mais Jules n’avait plus à côté de lui que sept ou huit billets, sa mère, trois ou quatre ; qu’était devenu le reste ?

Jusqu’à la fin de la partie, il ne dit rien. Seulement, il se demandait, indigné, si Jules avait saisi l’occasion d’une simple farce, se ménageant de restituer la mise avant que son distrait beau-frère en eût constaté la fuite ou, s’il osait, de compte à demi avec sa mère, le rançonner sournoisement. La nécessité d’une explication le fâcha davantage que la perte possible de l’argent ; saurait-il garder son sang-froid ? Immobile en face des joueurs, il les dévisageait tour à tour, affectait une insistance à considérer les billets. Jules se maintenait impassible ; Mme Restout trahissait sur sa mine un je ne sais quoi d’ironique et d’insolent. Lorsque, schlem encore une fois, elle eut capitulé, Bernard s’approcha du jeu et, le plus posément qu’il put, toisant Jules qui paraissait ne point prêter attention à lui :

— Eh bien ! dit-il, un farfadet a subtilisé ta mise et ton gain ?

— Mon gain, le voici, répondit Jules, en exhibant les billets qu’il avait laissés sur la table.

— Oui-da ! et les autres ?

— Les autres ? quels autres ?

— Voyons ! Et la liasse que je vous ai prêtée ?

— Le farfadet, je pense, la rapportera. Mais que ferais-tu s’il la semait en route ?