— Quel est cet homme intelligent ? demanda Bernard, prévoyant déjà où Jules allait en venir.
— Le banquier Sarug.
— Oh ! Sarug, je l’ai vu. Il m’a fait horreur. Une tête de vautour sur un charnier, un gibier de potence, un trafiquant de ruines ! C’est à lui que tu veux confier notre salut ! Il fera sa main et laissera ensuite dégringoler l’affaire. Nos titres iront pourrir aux Pieds humides.
— Tu me crois donc totalement idiot ? releva Jules, de nouveau âpre.
Et, en termes précis, mais saccadés, il recommença l’exposé de son projet. Peu importait que Sarug fût honnête ou non ; le plus grossier bon sens l’intéresserait au succès de l’entreprise, puisque, ayant versé seulement cent mille francs, il recevrait deux mille trois cents actions d’apport comme les anciens associés.
— Alors, se récria Bernard, je serais l’associé de Sarug, d’un affreux Juif ! Cela, non, jamais !
— Que peut te faire Sarug ou un autre ? répliqua Jules, sans paraître inquiet du refus de Bernard. Tu n’auras pas besoin de le voir ni de correspondre avec lui. Mais moi, il faut que je le voie et, pour ce voyage, quelques centaines de francs me sont nécessaires. Comprends-tu qu’il est urgent de me les avancer ?
— Mon ami, dit Bernard, la main dans la fente de son gilet, tu sais te débrouiller ; trouve cet argent où tu pourras. Quant à moi, je ne peux plus rien ; nous sommes à quia ; et, d’abord, rends-moi ce que je t’ai prêté tout à l’heure.
— Tiens, le voilà ! Voilà vos suprêmes bouchées ! vociféra Jules, subitement furieux.
Il empoigna le paquet de coupures dissimulées entre la table et ses genoux, les éparpilla sur le tapis vert et, se dressant, il s’élança vers la porte :