Aussi, dès le jour d’ensuite, — Jules la secouait, — elle crut pouvoir tenter, afin d’obtenir ce qu’attendait son frère, un décisif assaut.

Dans la matinée, au moment où le magasin ne montrait encore, passant et repassant derrière ses vitrines, que le romantique profil du boutiquier, elle y descendit et vint s’asseoir près de Bernard, tandis qu’il comptait en sa caisse la monnaie préparée pour les clients possibles.

— Maman fait sa toilette, dit-elle. Ici, nous pouvons causer.

Elle posa ses doigts sur les siens, répétant, sans qu’elle y songeât, le geste de Woronslas, l’autre soir. Le simple effleurement de cette main ranima chez lui, jusqu’en ses moelles, d’amollissantes délices. Il regardait les lèvres que les siennes avaient pétries de baisers innombrables se séparant pour articuler des paroles qu’il cherchait à croire. Mais un recul obscur lui suggérait devant cette tendresse même un retour de méfiance : « Que veut-on de moi ? »

— As-tu bien réfléchi, dit Hélène, les yeux dans ses yeux, à ce que nous allons faire les prochains mois ? Il nous faut un plan d’offensive contre les événements.

— Oui, répondit-il avec une tristesse naïve, parce qu’il lut aussitôt dans son jeu, nous allons être contraints de vendre quelque chose.

— Et quoi ?

— Il y a ton bureau Louis XV, envisagea Bernard. Mais je ne veux pas t’en séparer. Il est pour moi le signe d’un avenir plus clément. Ton rêve de l’autre nuit, je ne l’oublie point…

— Oh ! mes rêves, fit-elle, c’est de la cendre, de la fumée, je ne sais quoi. Non, ce bureau, je l’abandonnerais. L’heure est venue d’être héroïque. Mais qu’en aurions-nous ? Deux ou trois mille au plus. Et ensuite ?…

— Alors, que veux-tu vendre ?