Brusquement il tira de sa soutane un portefeuille où il prit quatre billets de cent francs et les offrit à Bernard avec ces paroles :
— Mon cher ami, vous êtes dans une passe ardue, vous en sortirez. Prenez cet argent, ce n’est pas moi qui vous le donne ; j’ai mission de vous l’apporter.
Bernard esquissa un mouvement de refus ; mais le Père Lecoq, d’une main autoritaire, le lui mit entre les doigts. Jamais Bernard n’avait reçu l’aumône ; elle lui venait si noblement qu’il n’en put être humilié.
— Mon Père, vous êtes le Christ qui passe dans ma maison peu digne. J’accepte ce qu’Il m’envoie par vous ; mais je sens la sublimité de votre don, et je ne serai pas un ingrat, croyez-le. L’offrande d’un pauvre à un plus pauvre fructifie au centuple, pour tous les deux.
Lendormy, de son étude, avait-il entrevu le geste du missionnaire ? Un instant après, ses béquilles martelèrent le pavé, et il entra, la mine épanouie.
— Déjà sur pied, mon cher voisin ! Tous mes compliments. On vous disait très mal. Vous voilà ressuscité, en trois jours. Vous savez, je vous admire. A votre place, je serais comme une prune moisie bonne à tomber de la branche et à être écrasée sous les sabots des passants. Vous, vous avez le dos fait comme une enclume. Plus les coups pleuvent, plus vous êtes ferme.
— Voyez-vous ! approuva le Père Lecoq, la patience de M. Dieuzède me rappelle le saint homme Job…
— Dame oui ! s’écria Lendormy. Job, mais sans son fumier. Il ne vous reste, monsieur Dieuzède, qu’à redevenir un richard, comme le vrai Job de la légende…
Ici, le malin, content de sa trouvaille, se pinça le bout du nez, et, profond sans le savoir, il voulut émettre une allusion cauteleuse à la disgrâce conjugale de « son cher voisin » :
— Vous mériterez qu’on vous appelle, pour les siècles des siècles, in sæcula sæculorum,