Glenka rit de sa boutade ; Bernard la trouva choquante ; Brouland considéra Paulette de même que, dans son cabinet, un malade dont il eût établi le diagnostic : quelle profondeur de jalousie, quel dur orgueil d’intelligence accusait ce geste, ce mot non prémédité ?

Mais il tomba en arrêt devant un ouvrage sur la physiologie de l’extase, s’assit à l’écart, découpant un chapitre, et sembla oublier tout ce qui l’environnait.

Glenka s’était dirigé vers l’armoire flamande ; Bernard l’ouvrit à son intention ; il en retira un carton vert où le dessinateur avait enfermé des esquisses. Glenka voulait, puisque le temps était doux et beau, achever en plein air, dans le jardin, le portrait de Bernard délaissé plusieurs semaines. D’après lui, pour fixer l’intime d’un visage, la couleur était grossièrement inutile ; mais la lumière modifiait le mouvement des formes, leur tacite harmonie :

— Vous regarderez l’herbe neuve, un arbre verdissant. Le soleil immergera vos contours. Les directives de vos traits n’auront plus la même inclinaison mélancolique. Et puis le nimbe de vos cheveux…

— Volontiers, répondit Bernard que sa lassitude d’un travail abêtissant et son indolence originelle portaient à chérir l’occasion d’un repos. Si des clients se présentent, Adèle descendra. Ma femme est occupée…

Adèle, d’ordinaire, se dispensait de paraître lorsque Glenka survenait. Ce n’était point chez elle sauvagerie ; seulement les prestiges de l’étranger beau parleur lui causaient une sorte d’inquiétude qu’elle ne s’expliquait pas.

— Est-ce possible, disait-elle dans sa naïveté lucide, qu’un homme qui ne croit guère en Dieu soit si charmant ?

Quant à Hélène, on l’entendait circuler à travers sa chambre, achevant sa toilette, ce jour-là, tardive.

Les deux messieurs passèrent donc au petit jardin, où Paulette s’empressa d’apporter un pupitre de violon, chevalet improvisé dont l’artiste se contenterait.

Bernard, assis contre la maison, dans la courte zone d’ombre que le soleil avançant sur le toit allait bientôt dévorer, prit comme objet de contemplation une branche de magnolia, pendante par-dessus le mur de la cour voisine.