— J’y crois.

— Veux-tu être baptisée ?

— Je le veux.

Alors elle s’inclina, il lui versa trois fois l’eau sainte sur sa tête ; puis il lui mit un cierge entre les doigts, comme à une Vierge prête à suivre le cortège de l’Époux.

Tout à l’heure, il demandait au Christ pour elle, en l’une des oraisons, « de ne pas la laisser avoir faim longtemps, jusqu’à ce qu’elle fût rassasiée de la nourriture céleste ». Cette nourriture, elle l’attendait avidement. Lorsque l’archevêque l’eut confirmée, il ôta sa mitre, revêtit une chasuble et dit la Messe, que lui servirent l’abbé Charmoy et l’abbé Jacques.

Pauline ne venait pas en vain de recevoir l’Esprit de sagesse et d’intelligence. Tandis que la Messe se développait, elle entrait — ce qu’elle n’aurait su faire auparavant — dans la sublimité du mystère célébré devant elle et avec elle, puisque les chrétiens présents officiaient, selon leur part de ferveur, en même temps que le prêtre et l’invisible Officiant qui s’immolait.

Toute signée de la croix, elle la retrouvait multipliée sur la pierre de l’autel, sur la chasuble, sur les instruments du sacrifice, dans les gestes du célébrant. Mgr Chênedru articulait d’un ton haut les prières du rite ; à la Consécration, il baissa la voix, mais proféra lentes et distinctes les syllabes miraculeuses. Pauline sentit réellement s’opérer la divine Présence, elle se vit couverte du sang brûlant de la Victime ; elle aurait été confondue de tristesse en pensant qu’elle-même avait ouvert ces veines et transpercé cette chair, si l’attente de la communion ne l’eût saturée d’un bonheur qu’ensuite elle s’étonna d’avoir pu porter. Ah ! comment des hommes pouvaient-ils croire vivre, en ignorant de telles extases !

Elle ne se laissa point aller pourtant à une adoration passive. Elle pria pour son malheureux père :

« S’il ne se convertit, ô mon Dieu, disait-elle, c’est que je ne saurai pas vous aimer… »

Elle pria pour sa mère défunte, pour toutes les âmes perdues, pour la déplorable paroisse de son oncle, pour le diocèse dénué de prêtres, pour la France à ressusciter. Elle pria pour les pauvres sans consolateur, pour les morts dont nul ne se souvient, pour les juifs et les hérétiques, pour les immenses peuples qui seront idolâtres jusqu’à la fin des temps…