Un coq lointain poussa dans la nuit glacée son appel de clairon qui veille ; plus calme peu à peu, elle se rendormit.

V

M. Ardel revint harassé et content : il avait humé dans les rues de Paris ce vent de gloriole qu’on respire là, et non ailleurs ; au ministère, il avait reçu l’assurance d’être nommé bientôt à Versailles ; et, quand même il dédaignait l’avancement, cette promesse lui arrivait comme un souffle du large auquel il tendait ses voiles. En termes succincts il mit Pauline au fait de sa journée et du temps affreux qu’il avait dû braver : Paris, vers deux heures du soir, submergé par un tourbillon de neige ; les véhicules marchaient au pas ; plus personne sur les boulevards ; on n’y entendait que les lourds chevaux d’omnibus haletant et glissant ; la suspension de l’activité dans l’énorme ville ressemblait à un cataclysme ; mais tout en pestant, il s’était exalté par une marche épique.

Pauline écoutait à peine, consternée d’un départ probable et prochain.

— Et toi, tout hier, quel a été ton emploi du temps ?

Dès qu’elle répondit que « les Rude » l’avaient emmenée aux environs :

— Les Rude qui ne le sont guère, dit-il en veine de boutades. Si le fanatisme religieux ne leur prêtait du mordant, ce serait la famille française d’aujourd’hui détrempée dans trop de douceur.

Elle prolongea le récit de la randonnée sur les coteaux, retardant celui de la visite à Druzy ; il fallut y venir enfin, et son père, ainsi qu’elle l’avait prévu, reprit sa mine d’ironie mauvaise :

— L’incident était concerté entre l’abbé et Julien : tu as donné, comme une bonne dinde, dans le panneau !

— Pas du tout, protesta-t-elle en rougissant, et avec une vivacité excessive ; je suis certaine qu’ils ne s’étaient jamais vus.