« Il fallait être plus qu’un homme pour accepter le calice ; moi, je ne peux pas… »
Elle laissa tomber sa tête dans ses mains, puis continua sa lecture jusqu’au verset :
« Une seconde fois il les trouva dormants. »
« Aurais-je dormi comme eux ? Non. Est-ce que je pourrais dormir pendant que Julien agonise ?… O les lâches qui se sont tous enfuis ! »
Elle arrivait à l’interrogatoire devant le grand-prêtre : « Es-tu le Christ, le fils du Dieu béni ? — Je le suis. »
Ailleurs déjà elle avait lu : « Le Père et moi, nous ne sommes qu’un. Avant qu’Abraham fût, je suis. » Comment l’homme, qui, seul d’entre les hommes, a osé parler ainsi, voulut-il les crachats des Juifs, les verges et les coups de bâton sur sa tête coiffée d’épines ? Si tout cela est vrai, se peut-il qu’on pense à autre chose, qu’on vive d’autre chose ? Et ils durent prendre un passant de force pour lui porter sa croix ! Personne de bonne volonté. O mystère d’inconcevable détresse !…
« Je ne sais pas si vous êtes Dieu, prononça-t-elle à mi-voix. Mais j’ai compassion de vous, comme si vous étiez mort d’hier, et mort à cause de moi. Et vous, si vous guérissiez vraiment les malades, ayez pitié de nous, guérissez votre serviteur Julien, et je croirai en vous. »
Cependant, elle l’avait suivi, loin derrière les saintes femmes, derrière la populace, jusqu’à sa crucifixion ; elle s’arrêta sur ce verset : « Qu’il descende maintenant de la croix, pour que nous le voyions et que nous croyions. Et ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient. »
« Ce que faisait cette canaille, réfléchit-elle, je l’ai fait. Il est cloué injustement sur ce bois. — Qu’il y reste, ai-je dit en passant avec indifférence. Le péché de ma vie, le voilà ! »
Et, découvrant soudain la vérité de sa misère, elle pleura. Elle pleurait sur elle-même sans pouvoir, comme le centurion, s’écrier aussitôt : « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu, » mais abîmée devant son cadavre dans une humiliation réparatrice.