— Et vous m’oubliez ! La charité ? qu’en faites-vous ?
— La charité ! s’écria Jérôme, mais c’est la suprême force. J’adore le Christ parce qu’il a vaincu la mort, parce qu’il reviendra en triomphateur à la fin des temps…
Il jeta sa réplique avec une pointe de jactance juvénile. Agnès le regarda ; elle crut voir autour de son visage cette clarté glorieuse qui ceint le front des héros ; et vivement elle abaissa ses paupières, de peur qu’on ne s’aperçût qu’elle l’admirait.
Le chanoine s’excusa de prendre congé si vite. Tous le raccompagnèrent jusqu’au bas du jardin. Il s’extasia encore sur l’ampleur et l’aménité du site ; rien de plus doux que ces bois de Buzenval et leurs feuillées vaporeuses sous le fin soleil du printemps. Si, vers la droite, les coteaux de Saint-Cloud, les collines plus hautes de Meudon fermaient d’une ligne sévère l’étendue, à l’est elle semblait illimitée comme la mer ; par delà le rebord de la vallée, Paris, au loin, s’étalait, vague autant qu’une nécropole en ruines : des tas de pierre compacts, coupés de taches noires, de masses boisées. Une flaque d’eau qui était la Seine, les tours d’une église, un dôme se dégageaient du plan indistinct ; l’immensité se fondait en brume, sans ligne d’horizon.
Le bruit des routes d’en bas grondait à peine sourdement. Des cris d’oiseaux égayaient l’espace. Des avions invisibles peuplaient l’éther d’un ronflement profond, tel qu’un murmure d’orgue ou la rumeur d’une ville dans le ciel.
— Le calme des hauteurs ! exprima encore le chanoine avant de quitter Mme Élise. Vous vivez un rêve désirable.
— N’est-ce qu’un rêve ? s’étonna-telle en lui disant adieu.
Tandis qu’elle remontait, elle s’arrêta près d’un parterre pour lier à son tuteur une tige de rosier qui s’affaissait. Antoinette était partie en avant ; Mme Élise suivit d’un coup d’œil Jérôme et Agnès marchant côte à côte, tous deux souples, élancés, gracieux, elle moins grande que lui, indolente d’allure ; et ils s’entretenaient d’un air fraternel.
— Ces deux enfants feraient un beau couple ; mais sont-ils nés l’un pour l’autre ?