Mme Élise s’amusait, Antoinette et le chanoine aussi, de leurs gambades ingénues. Les âmes simples retrouvent auprès des animaux innocents quelque chose qui remémore la joie du premier Paradis.

Mais Jérôme et Agnès les avaient devancés auprès du « chenil ». Mme Élise dénommait ainsi, en badinant, l’enclos où vivaient séparés, d’un côté, un ménage de petits dogues, de l’autre, un jeune chien-loup, à poil fauve moucheté de noir, nerveux de membrure, avec les oreilles en cornet, des yeux cerclés de jaune, la mine agressive et fougueuse. Celui-ci allait et venait, derrière les grillages, le cou tendu, à pas allongés, comme un léopard dans sa cage.

— Mob ! appela Jérôme.

Le chien s’étira, bâilla, vint flairer les mains de son maître. Mais, voyant approcher la soutane du chanoine qu’il ne connaissait pas, il se ramassa brusquement, prêt à bondir, et poussa des aboiements furieux. Les dogues, à plein gosier, firent chorus.

— Ce molosse, plaisanta le bon abbé, promet d’être anticlérical.

— N’y voyez pas d’intention personnelle, répliqua Mme Élise. Mais, comme disait Désirée, il n’est pas commode, le bestiau.

— Je me demande, réfléchit tout haut Jérôme, pourquoi la brutalité de ce chien m’attire. J’aime jusqu’à ses fureurs et à son envie de mordre. Au fond, je ne crois qu’à la force.

Le chanoine, qui exigeait des idées nettes, rectifia d’une voix paisible :

— Vous le dites, mon cher ami ; le pensez-vous ? La force n’est point la brutalité. Les Livres Saints ont raison : « La sagesse vaut mieux que la force. »

Antoinette, en riant, vint à la rescousse, appuya :