La lune presque pleine en éclairait à demi l’obscurité. Agnès, étendue sur son lit, dans sa chemise flottante, les mains croisées sous sa nuque, avait l’air d’une statue pâle couvrant le marbre d’un tombeau. Elle regardait le globe ardent de la lune s’élever juste en face de sa fenêtre ouverte, s’approcher comme s’il voulait entrer. Elle ne tourna point la tête vers sa sœur ; Antoinette se pencha sur elle, et la baisant au front, murmura :

— Tu souffres bien, ma chérie ?

— Oui, laisse-moi. J’ai besoin d’être seule, de dormir…

— Va, reprit Antoinette, je te comprends trop. Tu te ronges d’idées funestes. Tu as peur d’être heureuse, quand le bonheur vient à ta porte…

Agnès s’était redressée ; accoudée sur son traversin, elle dévisagea sa sœur anxieusement :

— Que sais-tu ? On t’a dit quelque chose ?

— Non, rien du tout. Mais…

— Alors, tais-toi, et oublie-moi dans mon néant. Si tu as vu le bonheur à ma porte, avertis-le qu’il se presse d’entrer. Je suis lasse de l’attendre.

— Oh ! reprit Antoinette, malgré ton silence, je sais depuis longtemps que tu aimes Jérôme, et je suis sûre aussi qu’il t’aime. Sois donc patiente. Il n’y a qu’un amour où le Bien-Aimé ne tarde jamais, et encore ?…

Agnès chiffonnait la dentelle de son oreiller ; comme agacée de cette clairvoyance, elle interrompit :