— Si vous croyez qu’il le faille pour la santé et le repos d’Agnès ? Mais je vous accompagnerai. A toutes les trois le voisinage nous sera bon. J’ai besoin, d’ailleurs, de voir mes métayers. Désirée, en mon absence, conduira le ménage.

— Je craignais, dit Antoinette, que Désirée ne vous quittât.

Mme Élise la rassura ; l’accident d’Agnès, le conciliabule qui avait suivi, la figure soucieuse de tout le monde avaient intrigué, effrayé la servante, au fond, très fidèle. Elle avait sauté au cou de sa maîtresse, implorant et sans peine obtenant son pardon. Mme Élise lui avait alors confié les projets de son fils.

— Monsieur Jérôme, un monsieur Prêtre ! s’était exclamée Désirée. Lui que j’ai reçu à sa naissance, moi qui lui ai fait boire sa première cuillerée d’eau sucrée ! Un si beau gas ! C’est bien dommage.

Pendant le dialogue de Mme Élise et d’Antoinette, morne et comme absent, les yeux baissés, Jérôme avalait son chocolat. Le départ d’Agnès, il le savait trop certain ; mais l’imminence de la séparation le poignait d’une douleur affreuse.

— Avant huit jours, elle s’en ira, et, pour la vie, ce sera fini entre nous !

Il s’entendit intérieurement déclarer à sa mère :

— Agnès ne partira point ; je l’épouse.

Pourquoi lui fut-il impossible d’articuler cette phrase ? Sa langue demeura liée, comme si une mystérieuse Puissance lui interdisait de contrecarrer ses desseins.

Mme Élise n’avait pas répété, par étourderie, le mot : C’est bien dommage ! Elle voulait éprouver, en toute occasion, la fermeté de Jérôme. S’il avait fléchi, elle l’aurait blâmé sans doute. Mais sa joie instinctive eût fait taire son regret de chrétienne. Le Père lui-même pouvait-il condamner son neveu sans merci ? Bien d’autres ont mis le pied sur le seuil de la vie sacerdotale, puis reculé ; leur vie n’en fut pas moins honorable.