— Sois tranquille ; nous ne serons pas épargnés. Je serai gai tout de même. Je dis à Dieu : Pilez-nous, pilez-moi, grillez-nous ; mais glorifiez-vous et que vienne la fin de la chiennerie universelle !

Accoutumé à ces violences, Jérôme se dispensa de les contredire, d’ailleurs inutilement.

— J’ai reçu quelques mots d’Agnès.

— Ah ! s’étonna le Père, avec l’accent d’une compassion indulgente. Semble-t-elle plus résignée ?

— Oui, elle se résigne… dans le désespoir.

— Voudrais-tu me lire sa lettre ?

Jérôme entra dans la chambre du Père, alluma une lampe. Il lut, arrêté à plus d’une phrase par des sanglots qu’il ravalait.

Le Père s’était levé, les larmes aux yeux, et il s’approcha du jeune homme, en lui tendant les bras. Mais Jérôme se dégagea de son étreinte.

— Mon oncle, je vais vous indigner. Cette lettre me décide à épouser Agnès. Je ne puis laisser dans la détresse son âme sombrer toute seule. Elle m’aime autant que l’on peut aimer. C’est mon devoir de la rendre heureuse. Demain, je pars ; je serai, le soir, aux Clouzeaux…

Le Père le prit par les épaules ; avec une force pesante que Jérôme n’eût pas soupçonnée en ses doigts perclus, il le retint contre sa poitrine.