— Oh ! Père, je vous en prie, épargnez-nous, laissez-nous, entre deux crises, au moins respirer…
— Cher ami, dit le chanoine, s’évertuant à rester bénin, vous ressemblez toujours au sombre Ézéchiel, lorsqu’il trouvait doux comme miel le livre amer qu’il avait mangé, plein de lamentations et de menaces affreuses. Serons-nous tentés au delà de nos forces ? Les Victimes n’intercéderont-elles plus ?
Le Père allait justifier ses prophéties, indigné qu’elles fussent mises en doute. Mais on venait d’entendre la grille de la villa se refermer brusquement. Un pas agile bondit sur le perron. Mme Élise eut à peine le temps d’annoncer :
— Voici Jérôme !
Il entra, rouge, un peu haletant d’être monté si vite. Son arrivée fut la diversion joyeuse. Il baisa le front de sa mère, serra la main de son oncle et du chanoine ; les deux jeunes filles lui tendirent le bout de leurs doigts. Désirée, la cuisinière, présenta sur la table une dorade friande que Mme Élise découpa ; et, tandis que Jérôme expliquait son retard, le Père lui demanda comment s’était passée l’ordination :
— Les ordinands, je le suppose, ne brillaient guère par le nombre…
— Oui, répondit Jérôme, ils sont trop peu. C’était beau, quand même. J’ai vu de près l’onction des mains ; je n’en avais aucune idée.
— Autrefois, observa son oncle, si un prêtre était noté d’infamie, il subissait le rite opposé. L’évêque, pour le dépouiller du pouvoir de consacrer et de bénir, lui raclait les mains avec un couteau ou un morceau de verre.
Antoinette soupira :
— Elles devaient être en sang !