S’il ne l’est pas, qu’il fasse pénitence.

Maran Atha.    Amen.

Le fond de cette prière, c’étaient les Bénédictions du rituel israélite : mais un élément non juif s’était inséré dans la vieille liturgie et la rénovait jusqu’en ses profondeurs : le dogme du salut par le Christ, de l’Église une et sanctifiée que le Fils de Dieu rassemblerait en son royaume, comme le blé, disséminé sur les montagnes, est battu, moulu, pétri pour acquérir l’unité du pain, comme le sang de la vigne, épars dans les grappes, est foulé pour devenir du vin.

L’image simple du pain et du vin prenait une divine consistance quand le prophète officiant élevait entre ses mains le pain et le calice, les bénissait en répétant, comme l’indiquent les paroles mêmes du Seigneur : « Ceci est mon corps brisé pour vous. Faites cela en mémoire de moi… Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang. Faites cela, toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi. »

Il ajoutait une longue action de grâces, à l’origine improvisée, qui s’appelait « l’eucharistie[314] ».

[314] Ce mot désignait tantôt les éléments consacrés, tantôt le repas mystique, tantôt l’action de grâces qui accompagnait la consécration.

Comme le rite renouvelait la Cène avec les Apôtres, les fidèles, avant de participer au pain et au vin consacrés, avaient pris en commun leur repas du soir. Souper liturgique, désigné mystiquement par le terme agape qui signifiait : l’amour ; l’agape était le prélude de la communion sainte. Plus tard, elle en fut séparée, puis transportée du soir au matin, avant l’aube[315]. Vers le milieu du second siècle, Justin décrira de la sorte l’office qu’on n’appelait pas encore la Messe :

[315] Voir Pline, lettre à Trajan sur les chrétiens.

« Les prières finies, nous nous donnons le baiser de paix. Ensuite, on apporte à celui qui préside l’assemblée du pain et une coupe d’eau et de vin trempé. Il les prend, loue Dieu par le nom du Fils et du Saint-Esprit, puis il fait une longue eucharistie pour tous les biens reçus de lui. Ensuite, tout le peuple crie : Amen. Puis les diacres distribuent le pain et le vin avec l’eau consacrés, et ils en portent aux absents[316]. »

[316] Ire Apologie, LXV.