Que se passa-t-il dans la suite du débat ? Le rapport de Lysias au procurateur fait comprendre que la séance dévia en querelle théologique. Les pharisiens de l’assemblée se disputèrent avec les sadducéens ; les premiers admettaient la vie future, les autres la niaient. Paul, les voyant aux prises, tenta d’insérer au milieu de leur conflit sa théologie chrétienne.
— Hommes frères, s’écria-t-il, je suis pharisien, fils de pharisien. Et on me met en jugement au sujet de l’espérance et de la résurrection des morts !…
Il voulait en venir à nommer le Christ ressuscité ; judiciairement, c’était une dialectique habile : le tribun présent avec des centurions et des soldats tenait maintenant pour évidente l’innocence de l’accusé ; et Paul, par sa déclaration, mettait furieusement aux prises pharisiens et sadducéens.
Mais peu s’en fallut que ceux-ci, exaspérés, n’assouvissent sur lui leur vindicte. Le tribun, ne voulant point paraître l’entourer d’une protection armée, l’avait laissé tout seul, dans l’hémicycle, entre les juges, les scribes, les appariteurs. Un certain nombre de sadducéens se levèrent et, le poing tendu, formèrent autour du petit Juif un cercle menaçant. Ils l’auraient entraîné au dehors, assommé sur place, étranglé. Le tribun et ses hommes, à temps, le dégagèrent. Il quitta, sain et sauf, cette caverne de mort. Rome le sauvait d’Israël.
Deux jours de commotions l’avaient épuisé. Le soir, il eut une de ces crises d’abattement où il ne souhaitait plus qu’une chose : « se dissoudre, être avec le Christ ». Il avait vu de près, dans le centre de leur puissance, l’incurable obstination des Juifs contre la vérité. Il savait, d’autre part, ce qui l’attendait s’il retombait entre leurs mains. Mais le Seigneur le visita dans sa prison, et lui dit :
« Courage ! De même qu’à Jérusalem tu as témoigné sur ce qui me regarde, de même à Rome aussi il faut que tu témoignes. »
Cependant les Juifs n’allaient pas en rester là. Paul était inculpé d’un délit commis à l’intérieur du Temple ; le sanhédrin se déclarait compétent pour le juger. Donc les princes des prêtres exigeraient qu’il comparût une seconde fois, afin d’examiner plus à fond sa cause.
Leur pensée était d’en finir avec lui. Dès le lendemain, des Juifs acharnés à sa perte nouèrent une conspiration. Ils jurèrent avec de terribles anathèmes « de ne boire ni de manger jusqu’à ce que Paul fût mis à mort[386] ». Ils vinrent trouver les princes des prêtres, les engagèrent dans leur plan d’attaque : que Paul fût ramené au sanhédrin ; entre la tour Antonia et le Temple, au passage, ils le poignarderaient.
[386] Leur vœu, en apparence, invraisemblable et chimérique, équivaut simplement à jurer : « Il faut que Paul soit tué le plus tôt possible. » Les Juifs admettaient ces formules de vœu hyperboliques. Rappelons-nous Jacques jurant de ne boire ni de manger jusqu’à ce qu’il eût vu le Seigneur ressuscité. On lit dans le Traité Aboda Zara (trad. Schwab, p. 189-190) : « Quand un homme a promis par un vœu qu’il s’abstiendra de manger, malheur à lui s’il mange, malheur s’il ne mange pas. S’il mange, il pèche contre son vœu ; s’il ne mange pas, il pèche contre sa vie. »
Les conjurés étant plus de quarante, certains gardèrent mal le secret ; ou il fut éventé par les pharisiens qui avaient, dans le sanhédrin, dit de Paul : « Nous ne trouvons rien de coupable en cet homme. » Le neveu de Paul en sut quelque chose ; il courut à la forteresse, obtint de voir son oncle et l’avertit de ce qu’on préparait. Paul pria un des centurions de conduire le jeune homme au tribun. Lysias lui fit bon accueil. Mais, quand il eut entendu l’avis, il recommanda au neveu :