Mot dit en l’air, mot de prince dilettante et d’homme du monde, qu’on aurait tort cependant de supposer ironique. Agrippa était vraiment séduit par la force persuasive du croyant Paul ; il ne réfléchissait pas à ce qu’eût exigé une conversion.

Avec une grâce cavalière et charmante, Paul l’encouragea :

— Plût à Dieu que, pour un peu, et pour beaucoup, non seulement toi, mais tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui fussent semblables à moi… sauf ces chaînes.

Paul confesse le désagrément des chaînes ; mais il accepterait, à lui seul, tout le fardeau des douleurs terrestres, si, à ce prix, ses frères obtenaient le don sans prix, celui qu’il a reçu. Dans cette saillie spirituelle éclate une merveilleuse charité. Le trait n’achève pas seulement l’épisode, il le soutient tout entier ; car il n’a de sens que s’il conclut la scène indiquée par l’historien.

Des sourires, un murmure d’approbation témoignèrent que l’assistance était conquise. En se retirant, les invités disaient entre eux de l’Apôtre :

— Cet homme n’a rien fait qui mérite la mort ou la prison.

Agrippa suggéra même au procurateur une mesure que celui-ci n’osa point prendre :

— S’il n’avait fait appel à César, on aurait pu le mettre en liberté.

C’est, les chaînes aux mains, que Paul débarquera sur la terre d’Italie. Un hôte comme lui, Rome se devait de le défrayer jusqu’au terme du voyage. Mais il faillit ne pas arriver.

XVIII
LA TRAVERSÉE TERRIBLE