Paul fait cette réponse :
« César, nous enrôlons des soldats dans toute la terre habitée. Car il nous a été ordonné de n’exclure aucun homme qui veuille passer au service de mon Roi. Ce service, s’il te plaît à toi-même de t’y soumettre, te sauvera. Si tu le pries, tu seras sauvé. Car, en un seul jour, il doit faire la guerre au monde. »
Que Néron eût, lui-même, interrogé l’Apôtre, le fait n’aurait, en soi, rien de surprenant. Le prince, par cela seul qu’il exerçait la puissance d’un chef d’armée, assumait en même temps les pouvoirs judiciaires. A lui ou à tout autre juge, Paul certainement annonça la Parousie du Seigneur. En présence de païens orgueilleux, omnipotents, il ne manquait jamais de proclamer cette vérité redoutable : au-dessus des empires que le temps renverse, Dieu manifestera son royaume immuable, le seul qui est.
Mais, au moment où il comparut une seconde fois devant un tribunal romain, Néron était absent de Rome. Saint Clément affirme que Paul souffrit le martyre sous les préfets. Rome, d’ordinaire, n’en avait qu’un seul. Cette année-là — en 67 — Néron décida qu’il y en aurait deux. Il préparait son fastueux voyage en Achaïe ; au printemps, il était parti. Or, la tradition maintient que Paul fut exécuté le 29 juin. Elle fixe au même jour ou à un an d’intervalle le supplice de Pierre.
Jésus, dans un langage voilé, avait annoncé à Pierre par quelle mort il le glorifierait :
« Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture et tu partais où tu voulais ; mais, quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra et il te mènera où tu ne voudras pas[464]. »
[464] Jean XXI, 18.
Pierre, traité comme un homme de rien, « étendit » en effet « ses mains » sur la croix où il voulut être cloué, la tête en bas. A Paul, citoyen romain, on réserva une mort plus honorable : la décollation par le glaive.
Passa-t-il, ainsi que le veut une tradition, avec Pierre, son dernier jour, dans l’horrible basse-fosse de la prison Mamertine ? Le cachot voisin du Forum semble avoir été plutôt destiné à des criminels politiques — tels les complices de Catilina — ou à des captifs de guerre, comme Vercingétorix.
Mais le cachot au fond duquel Paul attendit l’aurore de sa libération ne dut pas être plus agréable : ténèbres, puanteur, contact de bêtes affreuses, humidité d’égout suintant, et l’immobilité dans des haillons pleins de vermine, les mains étant raidies par le poids des chaînes, les pieds bloqués par une barre de fer, dans le créneau du cep !