L’attente du « grand jour[483] » persiste chez lui, au fond de ses désirs, alors même qu’il paraît certain de ne point voir la Parousie. Il sait qu’au delà de la mort il sera bientôt avec le Christ. Mais son propre salut ne lui suffit pas. Il veut la conversion d’Israël, l’avènement du Juge, la fin des iniquités, la consommation de la paix.
[483] II Tim. I, 18.
Il est l’homme qui espère, il n’a pas enseigné théoriquement l’espérance. Traité comme un faux frère, honni, flagellé, lapidé, enchaîné, il ne cesse jamais d’espérer et de semer l’espoir avec ses mains de feu. Auprès de la gloire promise, que pesaient pour lui les tribulations ? Il donna son sang en témoignage des choses qu’il espérait. Si l’on ne peut admettre tout à fait l’argument de Pascal : « Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger », car les fausses religions et les hérésies ont eu leurs martyrs, Paul se présente comme le témoin du Christ ressuscité, du Christ que les Apôtres avaient vu avant lui, dont Thomas avait palpé les plaies, dont lui-même avait entendu la voix et senti le regard humain. La preuve du témoignage de Paul, c’est que sa foi a changé le monde.
Elle ne l’a qu’en partie changé. Jésus a prédit que les puissances de la mort ne prévaudraient pas contre son Église, non qu’avant son retour son Église prévaudrait contre elles. Il y aura des heures — c’est Lui qui les annonce — où la foi déclinera si affreusement que les chrétiens — les faibles — se demanderont par quelle voie le Seigneur aura le dernier mot. Ils reliront alors l’épître aux Romains. Ils comprendront mieux qu’elle n’était pas pour le seul Abraham, mais pour nous et pour eux la promesse de fidélité.
Paul sera le clairon des suprêmes espérances.
Jusqu’au terme des siècles, nuit et jour s’il le faut, le bon soldat du Christ courra par les rues du camp, sonnera l’alerte et la charge ; il affermira au cœur des braves l’alacrité, ralliera les blessés et les lâches ; il ranimera jusqu’aux morts pour le combat où la défaite est impossible. Mais ce clairon de guerre, par une merveille ineffable, aura des accents humbles, d’une angélique douceur. Il chantera le règne de l’amour et la paix sans fin.
1923-1925.
TABLE DES CHAPITRES
| Préface | ||
I. — | Saul le persécuteur | |
II. — | Saul le voyant. Sur la route de Damas | |
III. — | La vocation de Saul | |
IV. — | Ses premiers pas d’apôtre | |
V. — | A Tarse. Les années obscures | |
VI. — | Le grand départ | |
VII. — | A Chypre. Paul et la puissance romaine | |
VIII. — | La porte de la foi | |
IX. — | Le conflit sur les observances | |
X. — | En marche vers l’Occident. Paul chez les Galates.A Philippes. Le témoignage du sang | |
XI. — | Paul et les Juifs de Thessalonique | |
XII. — | Le discours de l’Aréopage | |
XIII. — | L’église de Corinthe | |
XIV. — | Le tumulte d’Éphèse | |
XV. — | Retour en Hellade. L’épître aux Romains | |
XVI. — | Paul monte à Jérusalem une dernière fois. Sonarrestation | |
XVII. — | L’appel à César | |
XVIII. — | La traversée terrible | |
XIX. — | A Rome. L’enchaîné du Christ | |
XX. — | Le martyr | |
XXI. — | La figure de saint Paul | |
5744. — Tours, Imp. E. Arrault et Cie.