« Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis qu’un airain bruyant ou une cymbale qui vibre. Quand j’aurais le don de prophétie, quand je connaîtrais tous les mystères et toute science, quand j’aurais toute la foi, une foi à déplacer les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je donnerais en bouchées de pain tout ce que je possède, quand même je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien.
« La charité est patiente, elle est bonne. La charité n’envie pas. La charité n’est ni glorieuse, ni gonflée d’orgueil. Elle ne fait rien d’inconvenant, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s’encolère point, elle n’impute pas le mal. Elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle endure tout.
« La charité ne succombera jamais. Si vous parlez des prophéties, elles s’évanouiront ; des langues, elles cesseront ; de la science, elle aura son terme. Notre science n’est que partielle et nous prophétisons partiellement. Quand viendra ce qui parfait, alors ce qui est partiel s’abolira. Lorsque j’étais un petit enfant, je parlais comme un petit enfant, je raisonnais comme un petit enfant. Lorsque je suis devenu homme fait, j’ai rejeté ce qui était du petit enfant. A présent, nous voyons les choses comme dans un miroir, en énigme. Alors nous verrons face à face. Mais alors je connaîtrai parfaitement, comme je suis connu. A présent donc demeurent la foi, l’espérance et la charité, ces trois choses. Mais la plus grande est la charité[480]. »
[480] I Cor. XIII.
L’admirable d’un tel mouvement, c’est qu’il donne la perception de l’illimité dans l’élan vers Dieu. Et pourquoi Paul ceint-il la charité d’un diadème immortel, comme s’il voyait en elle la Mère du Christ ? L’amour est le principe de tout ; seul, il établit entre Dieu et le monde l’unité, non l’unité aveugle du rêve panthéiste, mais l’unité libre et consentie, celle qui n’épuisera point sa plénitude, puisque le créé, à jamais, se connaîtra créé au sein du Père des lumières.
En attendant, l’homme et la création ne vivent que d’un désir : atteindre cette unité, être affranchis des servitudes corruptibles « pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu[481] ». La nature gémit, elle est dans les douleurs de l’enfantement. Nous qui avons les prémices de l’Esprit, nous gémissons en nous-mêmes, sous la loi de notre corps mortel, dans l’attente de sa rédemption.
[481] Rom. VIII, 21-23.
Le péché a obscurci l’univers ; il fait peser même sur les animaux, sur la matière, la tristesse d’un désordre. Mais, lorsque le Seigneur Jésus « apparaîtra du ciel avec les anges de sa puissance, qu’il aura fait justice de ceux qui ne connaissent pas Dieu, qui n’obéissent pas à l’Évangile[482] », l’ennemie, la Mort sera enfin détruite. La splendeur qui investira l’âme et le corps des élus se réfléchira sur les cieux nouveaux, sur la terre sanctifiée. Et Dieu sera tout en tous.
[482] II Thessal. I, 7-8.
Paul est le prophète de l’unité dernière.