Mais, pour le monde moderne, ce sont des vérités presque mortes. A la notion de la nature déchue une philosophie hérétique ou néo-païenne a substitué le plus faux des principes : l’homme naît bon. Donc le Rédempteur est inutile. L’idée de la prédestination s’est déformée en une sorte de fatalisme qui laisse l’âme indifférente à son avenir essentiel. Le conflit de la chair et de l’esprit s’est vu simplifié : la chair étant redevenue souveraine, l’esprit n’a plus qu’à la servir et à se renier. Au lieu de la Communion des Saints, on est revenu en arrière, à une conception de la solidarité toute matérielle, comme celle des atomes pressés ensemble malgré eux, ignorants de ce qu’ils sont et de ce qu’ils veulent. L’affreux mot « bloc » représente la métaphysique de nos contemporains.
Paul est, plus que jamais, à cette heure, le docteur des gentils. Les nations auraient besoin de rapprendre, auprès de lui, les éléments du salut.
Il leur expliquerait comment le salaire du péché, c’est la mort, et de quelle maladie elles dépérissent.
Sa morale, enclose dans sa théologie, leur donnerait la méthode de l’unique guérison. En disant aux hommes : Vivez dans le Christ et selon lui, il leur enseigne toute force, toute joie, toute perfection. L’exemple qu’il leur propose ne s’adresse pas simplement à des anachorètes ; son christianisme est social. Il a dit sur le mariage les choses les plus hautes et les plus sensées. L’amour des époux est, devant ses yeux, la figure du Mystère où le Christ s’unit à son Église ; l’homme doit aimer son épouse, « de même que le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle[478] ». Seulement, la femme doit être soumise à son mari comme elle obéit « au Seigneur ». Il conçoit le mariage indissoluble et saint, comme le Christ l’a voulu. Mais il découvre à la sainteté de l’institution des raisons sublimes qu’on n’apercevrait pas sans lui.
[478] Éphés. V, 25.
Entre les maîtres et les serviteurs, il exige, des uns, la bonté, des autres, la droiture diligente, la bonne volonté, comme de gens « qui servent le Seigneur et non pas des hommes ».
A l’égard des pouvoirs publics, il entend que « tous soient soumis aux autorités supérieures. Car toute autorité vient de Dieu… Celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordre voulu de Dieu[479] ».
[479] Éphés. VI, 7.
Il fait un précepte à chacun de travailler pour n’être point à charge au prochain et subvenir aux indigents. La division du travail, l’ordre dans la vie, la dignité lui paraissent, même en un sens surnaturel, des règles nécessaires.
Au-dessus de tout, il met deux vertus qu’ignorait le monde païen : l’humilité, la charité. L’hymne où Paul, en magnifique poète, a célébré celle-ci, résonnera peut-être sans charme aux oreilles de nos philanthropes et des altruistes satisfaits d’eux-mêmes. Si connu et vieux qu’il soit, il garde cependant une fraîcheur divine, comme une chose improvisée derrière la porte du Paradis :