SAINT PAUL

PRÉFACE

Une des plus grandes voix que la terre ait écoutées, c’est la sienne.

La figure dominatrice des temps apostoliques, c’est lui.

Si nous ne cherchions en son histoire que la destinée d’un homme, elle semblerait déjà prodigieuse : ce jeune Pharisien, animé par le zèle de la Loi à l’extermination d’une secte impie, et qui se fait brusquement l’apôtre irréductible de la doctrine exécrée, ce Juif, devenu, contre son gré, anti-juif, imposerait à notre surprise le cas inouï d’une âme retournée, comme d’un seul coup, dans le sens où elle s’irritait de voir tomber les autres. Supposez que Saint-Just, en signant des listes de suspects, ait pris, d’une manière subite, parti pour les suspects ; telle fut, mais bien plus étrange, la conversion de Saul le persécuteur.

Et sa vie, après son changement, s’obstina trente années en une sublime et terrible aventure.

Avec deux ou trois compagnons, ou une faible escorte, seul parfois, il s’en va, sur des routes dont les brigands sont maîtres, vers des régions païennes ou barbares, gagnant son pain dans les villes comme tisserand, semblable aux ouvriers que j’ai vus à Tarse tisser des poils de chèvre pour les tentes des nomades.

Partout il annonce un Dieu nouveau, le Messie prophétisé, fils de Dieu, Rédempteur, Seigneur, Juge des vivants et des morts ; mais ce Dieu n’est autre qu’un vagabond nazaréen, le blasphémateur et le séditieux qu’on a cloué sur une potence à Jérusalem et que ses disciples disent ressuscité. Paul croit en lui, avant tout, parce qu’il l’a vu, entendu parler ; et cette vision l’a renversé dans la poussière, a brûlé ses prunelles au point de le rendre trois jours aveugle ; il s’en souvient comme si la gloire du Christ fulgurait contre ses yeux, comme si sa voix foudroyait encore ses oreilles.

Il le prêche dans les synagogues aux Juifs, ses frères ; quelques-uns ont foi en sa révélation ; la plupart se méfient, poussent des clameurs, ameutent la populace, conspirent pour l’assassiner. Il secoue sur eux ses sandales et se tourne vers les païens qui veulent croire.

D’Antioche de Syrie à Chypre, de Chypre à Antioche de Pisidie, à Iconium, à Lystres, à Derbé ; puis, de la Cilicie en Troade, en Macédoine, en Thessalie, en Attique, en Achaïe ; puis de Corinthe à Éphèse, il établit des églises, il sème l’évangile de la promesse. Comme un orage promène l’éclair de l’Orient à l’Occident, sa parole court au-dessus des peuples, s’éloigne et revient.