« Mon champ d’action, proclame-t-il, non sans hyperbole, dans son épître aux Romains[1], va depuis Jérusalem, en tous sens, jusqu’à l’Illyrie… A présent, je n’ai plus en ces contrées de place (où m’étendre)[2]. Mais j’ai, depuis de longues années, le désir d’aller jusqu’à vous ; si je me rends en Espagne, j’espère, en passant, vous voir ; et c’est vous qui me mettrez sur le chemin de ce pays, quand je me serai d’abord, en quelque mesure, rassasié de vous ».

[1] XV, 19-24.

[2] Il entend : J’ai fondé toutes les églises qu’il m’appartenait de fonder.

Si je me rends en Espagne ! L’ampleur de ses ambitions s’arrête avec peine aux limites du monde romain. Sa hâte est immense d’avoir, en tous lieux, fait adorer le Christ hier sans nom ; il veut que son Seigneur soit connu jusqu’aux extrémités de la terre. Ainsi, toutes les nations sachant que le Sauveur est venu, la plénitude des temps sera prompte à s’accomplir ; le Juge, à l’heure que nul ne peut prévoir, descendra sur les nuées, et le Christ régnera dans les siècles des siècles.

De quel prix Paul paya ces conquêtes surhumaines, nous l’évaluons d’après les récits des Actes, d’après son témoignage immédiat :

« Des Juifs, cinq fois, j’ai reçu les quarante coups de lanière, moins un ; trois fois, j’ai été battu de verges ; une fois lapidé ; trois fois j’ai fait naufrage ; j’ai passé une nuit et un jour en plein abîme. Et mes voyages multiples : périls des fleuves, périls des brigands ; périls venant des gens de ma race ; périls venant des Gentils ; périls dans les villes, périls dans le désert, périls sur mer, périls au milieu des faux frères ; dans la peine, la lassitude ; dans les veilles souvent ; dans la faim et la soif ; dans le froid et la nudité ; et, sans parler des choses extérieures, l’agitation, pour moi, quotidienne, le tourment de toutes les églises[3]… »

[3] II Cor. XI, 24-29.

De presque toutes les villes on l’expulse ; il y reparaît, intrépide. La contradiction exaltait sa force. Après le tumulte d’Éphèse pourtant et les conjonctures mal connues qui suivirent, il s’avouait « accablé, à ne plus savoir comment vivre[4] ».

[4] Cor. I, 8.

En 56, pendant son dernier voyage à Jérusalem, il est entraîné hors du temple ; sans les Romains, la foule l’écharpait. Il reste deux ans dans les chaînes à Césarée ; ensuite, pour ne pas tomber entre les mains des Juifs, il en appelle à César ; on l’embarque pour Rome. Une horrible tempête de quatorze jours le jette sain et sauf sur la grève de Malte. Il atteint Rome ; deux années encore sa captivité s’y prolonge, une captivité fructueuse où il enseigne, où il convertit.