« Le transport au cerveau[101] » qu’inventa Renan, les coups de tonnerre que Saul aurait pris pour la voix du Christ sembleraient aujourd’hui de pitoyables hypothèses. Tout au moins Renan avait-il compris la nécessité d’une commotion venue du dehors. Mais, lorsque M. Loisy nous parle « du bond, du saut de la foi mystique », ce sont là batelages d’escamoteur qui nous réduisent à cette insuffisante découverte : Paul s’est converti parce qu’il s’est converti.

[101] « L’éblouissement et le transport au cerveau ne diminuaient pas d’intensité » (p. 189).

Le mot sournois de « psychiatrie » insinue que Paul serait un demi-fou, que sa conversion vint au terme d’une crise morbide. Or, le magnifique équilibre où se meut sa pensée de théologien comme sa vie d’apôtre suffit à renverser pareille supposition.

Confondre la perception du surnaturel avec un état pathologique sera toujours le dernier refuge des scientistes aux abois.

Et quelle vraisemblance d’admettre que sa foi s’élabora dans des controverses passionnées ? Le contraire est pratiquement certain ; plus il faisait la guerre à la secte galiléenne, plus il la croyait incompatible avec tout ce qu’il était ; de même que M. Loisy, à mesure qu’il poursuit ses commentaires destructifs des textes sacrés, tourne plus hostilement le dos à la foi. Dans son obstination à démolir le récit des Actes, M. Loisy en vient à prétendre que les compagnons de Paul seraient inventés[102]. Il élimine ces témoins gênants ; comme si, en Orient, on voyageait sans escorte, surtout Saul, personnage officiel, exécutant une mission judiciaire, d’où il ramènerait des prisonniers !

[102] Op. cit., p. 400. D’une façon générale, M. Loisy ne paraît pas connaître l’Orient ; il raisonne par déduction ou d’après les livres.

Mais quittons ces misères. L’apparition de Damas ne permet à la critique négative qu’une attitude ; l’humilité en face de l’inexplicable, le respect de témoignages dont elle n’entamera jamais la puissance.

Ce miracle, le changement total et subit d’une âme, dépasse l’histoire de Paul ; il domine les temps et les peuples, signe authentique de la pitié d’un Dieu qui se fatigue à chercher l’humanité en révolte sur les routes où elle le fuit.

Tout ce que l’Apôtre pourra prêcher aux Juifs et aux gentils — c’est-à-dire à nous — partira de cette expérience indéniable : le Christ est ressuscité ; car je l’ai vu comme je vous vois.

III
LA VOCATION DE SAUL