[105] Rom. VIII, 38-39.

Mais reçut-il, dès ces moments-là, une pleine connaissance de toute vérité ? Dans une autre révélation, à Damas, Jésus lui dira :

« [Je t’ai choisi] pour témoin des choses que tu as vues et de celles où je t’apparaîtrai. »

Les visions qu’il eut ensuite, la science de la foi qu’il développa auprès des Apôtres eux-mêmes, la continuité de l’inspiration et sa propre expérience achevèrent en lui « son évangile ». Pour l’heure, l’évidence de l’essentiel lui suffisait ; et à quoi bon se démontrer ce qu’il était certain d’avoir vu ?

D’autre part, s’abîma-t-il dans la douleur de son égarement ? Il avait honni, blasphémé le Saint, tourmenté ceux qui l’aimaient. Pleura-t-il, autant que Pierre, l’énorme offense qu’une vie ne saurait expier ? Il écrira, de longues années après, à Timothée :

« Dieu a eu pitié de moi, parce que j’avais agi sans le savoir, n’ayant pas la foi[106]. »

[106] I Tim. I, 13.

Il s’abaissa dans l’humilité ; mais il n’était pas homme à triturer longuement ses remords. Le remords, c’est le passé qui continue, et Paul se tendait vers l’avenir. Simplement il glorifiera Dieu de la merveille opérée en son cœur ignorant. Il s’étonna d’être devenu, d’un seul coup, si simple. Tout, même le repentir, était simplifié dans sa vie.

Une idée pourtant dut angoisser le dialecticien qui persistait en lui, le Juif zélateur des traditions. Il avait cru la Loi parfaite, règle d’or sans alliage, testament éternel. Tout novateur ne pouvait être qu’un menteur ; les disciples de Jésus avaient mérité sa haine en tant qu’il les supposait ennemis de la Loi. Désormais, quelle serait la relation de la Loi et de sa foi nouvelle ? Et la mission d’Israël, qu’en restait-il, si les Juifs s’obstinaient à nier le vrai Messie ?

Saul reprenait dans sa mémoire les destinées du peuple élu. Avant que Moïse fût monté au Sinaï chercher la Loi écrite, une autre loi avait gouverné les patriarches. Abraham ne fut pas justifié par les œuvres qu’imposait la Loi ; car il accepta le signe d’alliance, la circoncision, après avoir cru en la promesse. Et, seule, sa foi en la promesse le justifia. Alors, la Loi n’était donc pas nécessaire au salut ?