Il en coûtait à Saul d’amoindrir la Loi ; puisqu’elle venait de Dieu, est-ce que Dieu pouvait la répudier ? Seulement, il se souvenait d’une parole que répétaient, d’après le Maître, les fidèles du Christ :

« On ne met pas dans de vieilles outres du vin nouveau. »

« Le pacte nouveau » qu’avait annoncé le prophète[107], c’était la loi de « propitiation », la rémission parfaite des péchés, et le vin nouveau, la libation parfaite, c’était le sang du Rédempteur. Désormais, le sang des taureaux et des boucs, Dieu n’en voulait plus ; une fois pour toutes, la Victime avait tout purifié. Mais le Temple, si les sacrifices prenaient fin, ne serait plus qu’un lieu mort. La mort du Temple, Saul en repoussait l’idée ; il entendait qu’on y vînt adorer Dieu en esprit et en vérité.

[107] Jérémie XXXI, 31-34.

Les Juifs se ploieraient-ils à ce changement ? Il pensa aux clameurs du sanhédrin contre Étienne ; il y reconnut sa voix à lui, et la supplication du martyr résonna dans ses oreilles :

« Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. » Étienne avait prié pour Saul ; sa mort avait été une intercession. Oh ! si, à son tour, Saul pouvait devenir anathème, herem, pour ses frères[108], arracher à Dieu leur salut !

[108] Rom. IX, 3.

Non, Israël ne serait pas rejeté. Les dons du Seigneur sont sans repentance. Israël avait reçu en dépôt les paroles divines ; le Christ était issu de lui selon la chair. Il n’était pas rejeté, puisque Saul lui-même, l’indigne avorton, obtenait miséricorde[109].

[109] Rom. XI, 1.

Cependant, si la masse des Juifs méprisait le don de la lumière — et Saul prévoyait leur impénitence — qui donc hériterait de leur privilège ? Dieu n’était pas seulement le Dieu d’Israël ; il avait créé, il gouvernait toutes les nations. Abraham savait qu’en sa semence elles seraient bénies : sa semence n’était point tout Israël, mais la fleur qu’avait portée la tige de Jessé, celui dont Isaïe disait :