« Voici mon fils que j’ai choisi, mon bien-aimé… Il annoncera aux peuples le Jugement… Il ne brisera pas le roseau rompu ; il n’éteindra pas la mèche qui fume… Et en son nom les peuples auront espoir[110]. »
[110] XLII, 1-3. Texte cité dans saint Mathieu, XII, 18-21.
Le jour s’était levé sur les races assises dans l’ombre de la mort. Le Fils de Dieu n’avait pas offert son sang pour les seuls Juifs, mais pour tous les hommes. Tous, désormais, pourraient s’asseoir à la table du Père et boire en commun le vin de sa vigne.
Les Douze avaient entendu la volonté du Maître : « Allez, enseignez toutes les nations. » Philippe, un des Sept, avait déjà baptisé l’eunuque éthiopien, et Pierre, fait baptiser Cornélius, le tribun de la cohorte italique.
Saul l’apprit-il par une révélation ? Dans quelle mesure le sens particulier de sa mission lui fut-il, dès lors, défini ? Nul ne saurait le dire. Il se connut au moins prédestiné à introduire les gentils dans le Royaume. En se faisant l’esclave de son Dieu, il amplifiait son avenir prodigieusement. L’immensité de sa carrière se déploya devant lui.
Pourquoi lui et non un autre ? La question, s’il se la posa, n’admettait aucune réponse. Pourquoi ? Parce que « le potier est maître de l’argile[111] », parce que Dieu l’avait élu « dès le ventre de sa mère » afin de mieux attester sa compassion et sa gloire en faisant du vase d’ignominie « un vase de miséricorde[112] ».
[111] Rom. IX, 20.
[112] Gal. I, 15.
Saul comprenait que l’appel singulier, inexplicable ne tolérait pas de résistance. Pour le lui confirmer, quelqu’un vint lui transmettre les mêmes paroles qu’il avait perçues dans la nuit de ses jours d’aveugle.
Il y avait à Damas un certain Ananie que les Actes[113] qualifient de « disciple », un de ceux que Saul, non converti, aurait sans doute appréhendés. La communauté de Damas devait être déjà florissante ; autrement, elle n’eût pas attiré la persécution. Mais elle se composait surtout de Juifs, fort nombreux dans cette ville de gros commerce ; et Ananie, quoique baptisé dans le Christ, restait attaché à la synagogue, « homme pieux selon la Loi[114] », très considéré parmi les milieux juifs, un de ces prudents au cœur droit qui servent discrètement une grande cause. Ananie eut, en songe, une vision où le Seigneur l’appela et lui commanda : « Lève-toi, va dans la rue qu’on appelle Droite et cherche dans la maison de Juda un homme ayant nom Saul, de Tarse. Voici qu’il est en prière et qu’il a vu en vision un homme nommé Ananie entrant vers lui et lui imposant les mains pour qu’il retrouve la vue. »