« De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais, ce que j’ai, je te le donne[7]. »

[7] Actes III, 6.

Cet ignorant, devenu capable de commander, de dogmatiser, ce timide qui, devant les princes des prêtres, soutient une magnifique fierté, nous arrête comme un miracle plus étonnant que ceux qu’il a faits.

La physionomie de Céphas, malgré tout, se réduit à des lignes élémentaires. Ses discours, ses deux épîtres instruisent de sa doctrine, des conflits qu’il domina. Sur lui-même nous savons trop peu.

Jean demeure, en quelque façon, voilé dans la hauteur d’une flamme divine. Il est l’orgue des Séraphins qu’on écoute sans voir celui qui joue.

Étienne fut le précurseur de Paul ; silhouette de voyant, « face d’ange » sur qui pleuvait la splendeur d’en haut. Le premier après Jésus il osa troubler l’illusion d’Israël croyant à la pérennité du Temple. Mais il devait disparaître pour que Saul, son assassin, reprît ses audaces et portât l’effort à son terme. Barnabé se laisse entrevoir comme un puissant compagnon. M. Loisy voudrait le grandir au détriment de Paul, ainsi que Michelet enlevait à Condé, pour en investir Sirot, la gloire de Rocroi. Ce sont là fictions de mauvais romantiques acharnés contre les statues traditionnelles. Si Barnabé fit d’admirables choses, son œuvre s’est fondue dans le travail commun ; et, s’il écrivit, rien n’en subsiste[8].

[8] A moins que l’épître aux Hébreux n’ait été rédigée par lui.

Paul, au rebours, nous est précieusement familier. Certains points de son existence ont beau rester sous la nuée obscure, nous l’approchons, comme si nous avions pu vivre avec lui, et, plus on le fréquente, plus on sent la beauté de son âme, la vigueur de son génie.

Car il faut restituer sa valeur divine à ce mot trop humainement profané. Tous les apôtres reçurent le Saint-Esprit ; mais, selon l’axiome thomiste, les dons fructifient ad modum recipientis, d’après les capacités de celui qui les reçoit.

Paul ne fut pas appelé sans motif un vase d’élection. Il tenait de Dieu, en vue de sa mission, des facultés merveilleuses que la grâce épura, sublimisa.