— Saul, tu n’es plus des nôtres. Tu t’es fait le disciple d’hommes de rien[155]. As-tu donc oublié ce que Moïse a dit : « Malheur à celui qui n’accomplit pas toutes les choses écrites dans le livre de la Loi[156] » ? Ce crucifié, dont tu racontes qu’il est le Christ, n’a aucune puissance ; il n’est pas le Christ ; Élie n’est pas venu l’oindre et le révéler. Démontre-nous d’abord qu’il est ressuscité. Il y a un seul Dieu ; jamais tu ne nous feras croire qu’ils soient trois.

[155] Justin, Dialogue avec le Juif Tryphon, VIII, 3. Tryphon est-il un personnage réel ou symbolique ? On ne sait. Tout au moins ses objections contre la foi énoncent-elles parfaitement les raisons que les Juifs de tous les temps ont opposées à la foi chrétienne.

[156] Deutéronome XXVII, 26.

Saul leur déroula l’histoire miraculeuse de l’apparition. Ils le regardèrent avec stupeur ; mais, tandis qu’il exposait la loi du Christ dont le sang a racheté même les goïm, une tristesse les raidissait. Les rêveries de l’enfant prodigue leur semblaient une trahison ; et quelqu’un, sans doute, lui demanda :

— Alors, personne d’entre nous, s’il ne croit pas à ton Christ, n’aura le moindre héritage sur la montagne du Seigneur ? Laisse-nous en paix. La Loi est sainte ; quiconque l’aura observée en craignant Dieu ne sera pas confondu.

Saul leur prouva qu’Abraham, Isaac, Noé, Job, sans connaître la Loi, furent sauvés. Donc elle n’était pas nécessaire. Une loi nouvelle abroge une autre loi ; une alliance annule une alliance. Désormais suffira la seconde circoncision, celle du cœur, et la première est inutile. C’est trop peu de manger le pain azyme pour accomplir la volonté de Dieu. A quoi bon savoir qu’il y a dans les oblations tant de mesures de froment, tant de mesures d’huile, si l’on n’aime de toutes ses forces le Fils bien-aimé du Père, celui qui s’est offert selon la promesse[157] ?

[157] Dialogue avec Tryphon.

Il est vraisemblable que les proches de Saul résistèrent à sa parole, et qu’il gagna dans Tarse peu de disciples. Il les quitta sans perdre l’espérance qu’ils comprendraient un jour la prophétie :

« Voici que ton roi viendra, le Juste et le Sauveur ; il sera pauvre ; il montera sur l’ânesse et sur l’ânon[158]. »

[158] Zacharie IX, 9.