[174] Le texte ne précise pas de quelle manière.

« Mettez-moi à part Barnabé et Saul pour l’œuvre où je les appelle. »

Mis à part, ils l’étaient dès avant les siècles, prédestinés à leur œuvre, pour la faire mieux que personne. Seulement il fallait qu’une solennelle consécration leur transmît les pouvoirs d’apôtres. Et leurs frères, à cet effet, en présence de la communauté, leur imposèrent les mains, comme le font, dans l’ordination des prêtres, les prêtres assistants déjà ordonnés.

En recevant cette délégation liturgique, Paul ne crut pas amoindrir son évangile. Il savait qu’« un seul Seigneur existe, une seule foi, un seul baptême[175] ». Tous ses frères vivant comme lui dans le Christ, les charismes descendaient en lui par leurs mains de même que par l’effusion directe de l’Esprit. Devant son désir une chose unique resplendissait : le Christ allait être annoncé au loin, selon la volonté de son Église qui était celle de Dieu.

[175] Éphés. IV, 5.

Jamais coureur de mondes, au bord de l’inconnu, n’éprouva l’ivresse de Paul quand il prit avec Barnabé et Jean-Marc le chemin du port de Séleucie. Les montagnes, à droite et à gauche, se déployaient en éventail, laissant la mer, au delà, ouvrir comme un champ paradisiaque. La mer, en soi, ne l’attirait point ; du langage de cet homme qui a tant navigué, les métaphores maritimes seront presque absentes. Est-ce l’aversion héréditaire du Juif pour l’élément marin ? Est-ce plutôt cette négligence du monde physique qui met hors de sa pensée les animaux, les fleurs, l’eau, l’azur du ciel ? Malgré tout, je croirais que Paul aima la mer comme le chemin par où l’Évangile s’en irait jusqu’aux extrêmes plages de la terre.

« Les îles m’attendent, avait dit le prophète, s’adressant à la Jérusalem éternelle, pour que j’amène tes fils de loin[176]. »

[176] Isaïe LX, 9.

Le jour où Paul monta sur le navire qui devait le porter à Chypre, les îles l’attendaient, toute la gentilité tressaillit au fond d’elle-même, pressentant sa Rédemption. Ces trois passagers pauvres, à l’avant, sous les voiles, et qui n’ont peut-être ni argent dans leur ceinture, ni besace au dos, ni même un bâton dans la main, ils reviendront après avoir donné au Seigneur « un peuple de justes ». En vérité, pour l’avenir humain, rien de si grand ne s’est encore vu.

VII
A CHYPRE. PAUL ET LA PUISSANCE ROMAINE