Au moment où l’Ange l’avait quitté, Pierre, se trouvant seul dans une rue déserte, et, comme s’éveillant tout à fait, avait reconnu à quelques pas la maison de Marie, mère de Jean-Marc — le futur évangéliste — et tante de Barnabé. Des chrétiens étaient assemblés chez elle, priant pour le salut du chef de la communauté. Son apparition imprévue les transporta, les émerveilla. Ainsi donc les élus du Christ n’avaient rien à craindre des hommes, quand il les préservait en vue de ses grands desseins !

Quelques mois plus tard, Hérode Agrippa mourut à Césarée, au milieu d’un triomphe idolâtrique, d’une maladie subite, atroce. Cette fin de l’orgueilleux et du persécuteur ajouta un nouveau signe aux espoirs des Saints.

Paul dut lire en ces concordances une certitude victorieuse pour les entreprises qu’il méditait. Il n’ignorait point tout ce qu’il aurait à souffrir ; mais, tant mieux ! C’était par ses agonies que le Christ Jésus était entré dans sa gloire. Les disciples seraient-ils « au-dessus du Maître » ? A eux d’achever ce qui manquait à ses douleurs, en tant qu’il y voulait unir le corps mystique de son Église. Mais Paul aimait peu s’appesantir sur l’attente des tribulations. Tendu vers les conquêtes proches ou lointaines, il aurait pu, envisageant la richesse future du butin, s’approprier au sens spirituel la devise du patriarche de sa tribu :

« Benjamin sera un loup dévorant ; le matin, il mangera sa proie ; et, le soir, il partagera les dépouilles[173]. »

[173] Genèse XLIX, 27.

Il revint de Jérusalem avec Barnabé, et ils ramenèrent un compagnon qui devait provoquer entre eux, dans la suite, une rupture accidentelle, le cousin de Barnabé, Jean-Marc.

Paul était prêt, on s’en doute, à de vastes missions, impatient de porter le nom du Seigneur en des pays où on l’ignorait. Cependant, il ne partirait point seul, ni avant que l’église, docile, comme lui, à l’Esprit Saint, eût défini, consacré son apostolat. La jeune église possédait cette force divine, qu’elle n’a jamais perdue, de l’unité dans l’amour. Rien d’important ne s’y décidait sans que les notables — et avec eux les fidèles — eussent prié, célébré les rites et conféré prudemment.

Les hommes qui la dirigeaient recevaient des Apôtres des ministères distincts selon qu’ils étaient prophètes ou docteurs. Les prophètes révélaient, par inspiration, certains événements futurs, et surtout la vérité de la doctrine, la voie à tenir dans la conduite des âmes. Les docteurs enseignaient sans inspiration personnelle. Il se peut que les mêmes aient tantôt exercé l’office de prophètes, et tantôt enseigné comme simples docteurs ; l’Esprit ne les remuait point de son souffle à tout moment.

L’église d’Antioche, depuis que la persécution avait décapité celle de Jérusalem, demeurait la tête ardente de la chrétienté. Elle assemblait, en abrégé, avec ses prophètes et ses docteurs, tout l’Orient : Barnabé représentait Chypre ; Saul, la Cilicie ; un certain Siméon, dit le Noir, l’Éthiopie ; Lucius de Cyrène, l’Afrique numide ; et Manahen, ancien frère de lait, disait-on, d’Hérode Antipas, la Palestine. Sauf ce dernier, tous avaient été des Juifs hellénistes ; ils conservaient, dans leur pays d’origine, des relations utiles pour la foi. Ils songeaient à l’y transplanter ; et ils saluaient les projets de Saul comme une réponse à leur commune espérance.

Mais lui et Barnabé attendirent, pour se mettre en route, le signal de l’Esprit. Les chefs se réunirent dans ce qu’on appellerait aujourd’hui « une retraite ». Ils jeûnèrent, invoquèrent le Seigneur, rompirent ensemble le pain sacré ; au terme de cette liturgie, la Volonté divine, se manifestant[174], leur fit entendre cette parole :