A son premier voyage, une vision l’avait saisi dans le Temple. Jésus lui avait distinctement commandé : « Va, je t’enverrai au loin chez les gentils. » Cette fois, il eut un ravissement plus mémorable encore, celui qu’il évoquera devant les Corinthiens[169].
[169] II, XII, 2. Cette épître datée d’Éphèse, fut écrite, admet-on communément, en 56 ou 57, environ quatorze ans après le second voyage à Jérusalem.
« Je sais un homme dans le Christ, qui, voici quatorze ans (était-ce dans son corps, je ne sais ; était-ce hors de son corps, je ne sais ; Dieu le sait), fut ravi jusqu’au troisième ciel. Et je sais d’un tel homme (soit dans son corps, soit hors de son corps, je ne sais ; Dieu le sait) qu’il fut ravi dans le Paradis et qu’il entendit des paroles ineffables qu’il n’est pas licite à un homme de prononcer. »
Cette extase, si mystérieuse que soit l’allusion — et chaque mot semble gonflé de choses divines — marque dans l’histoire intime de l’Apôtre un immense événement.
Être élevé jusqu’au troisième ciel, c’est voir l’essence de Dieu, comme la vit Moïse, quand il dit au Seigneur : « Montre-moi ta face[170] », comme la voient, dans la lumière de gloire, les archanges et les bienheureux[171]. Paul fut comblé d’un plus haut don, par cette vision tout intellectuelle, qu’en jouissant de la présence humaine de Jésus. Quand Pierre avait vu descendre du ciel la nappe chargée des animaux que les Juifs croyaient impurs, ce fut simplement la révélation d’un ordre nouveau sur la terre. Le ravissement de Paul signifiait que le Christ ressuscité haussait avec Lui, à la droite du Père, l’homme béatifié. Le voyant ne pouvait se souvenir s’il était monté jusque-là par une assomption miraculeuse de toute sa personne ou en esprit seulement. Il n’aurait pu exprimer les paroles entendues ou les substances aperçues dans l’éclair de l’intuition (entendre et voir n’avaient fait qu’un).
[170] Exode XXXIII, 13.
[171] Voir saint Thomas, Commentaire sur les Épîtres, t. I, p. 502-507.
Mais il retenait de son extase une sublime évidence : le Tout-Puissant était son guide ; l’invisible colonne de feu marchait devant lui ; tant qu’il la suivrait, il ne pouvait ni s’égarer ni défaillir.
Vers le même temps, peu après le passage de Paul, un miracle palpable vint conforter les églises. Les Juifs clairvoyants s’irritaient des progrès de la secte chrétienne ; pour leur plaire, Hérode Agrippa avait fait trancher la tête à Jacques, frère de Jean. Pierre était en prison ; à cause de la Pâque, on différait sa comparution devant le sanhédrin. Une nuit, un Ange délia ses chaînes, l’emmena entre les soldats endormis. Il sortit de Jérusalem, gagna, dit l’auteur des Actes, volontairement vague, « un autre lieu[172] ».
[172] XII, 17. Peut-être se réfugia-t-il à Antioche. Ou est-ce alors qu’il s’embarqua pour l’Italie ?