Le chef de la synagogue, l’archisynagôgos, récita les prières, puis le sacristain passa au lecteur le rouleau de la Loi et celui des prophètes. A mesure que le lecteur, de sa voix nasillarde et monotone, avait psalmodié un verset hébreu, le traducteur, du même ton, l’interprétait pour l’assistance en langue vulgaire. Puis l’archisynagôgos se tourna vers les deux visiteurs dont il savait que l’un était lévite et l’autre disciple de Gamaliel. Il les invita, selon la formule, à commenter les textes qu’on avait lus[200] :

[200] Voir, sur cet ordre liturgique, Juster, op. cit., t. I, pp. 369-370, et Knabenbauer, commentateur de ce passage des Actes.

« Hommes frères, si vous avez quelque chose à dire pour l’exhortation du peuple, parlez. »

Paul se leva ; sa main droite s’abaissa d’un mouvement solennel, pour commander l’attention. Ce geste était, chez les juifs, traditionnel[201]. Il y a des orateurs qui, avant d’ouvrir la bouche, s’imposent ; et les hommes petits ont volontiers le geste plus impérieux que les grands.

[201] Voir saint Jean Chrysostome, Homélie XXIX sur les Actes.

Le discours de Paul, tel qu’on nous l’a transmis, est mieux qu’un morceau fictif d’éloquence ; il donne en abrégé le type de ses homélies dans les milieux juifs. L’accent en est grave, même guindé ; on dirait que les voûtes de la synagogue oppriment la vivacité de sa dialectique et qu’il se contraint à parler impersonnellement.

Au début, l’Apôtre remémore la vocation du peuple saint, les prodiges où Dieu a prouvé qu’il le conduisait, lui réservant une terre d’héritage, des chefs comme David, « un homme selon son cœur ». De la descendance du roi David il a fait venir le Sauveur Jésus, celui dont Jean « se disait indigne de dénouer les sandales ».

« C’est pour vous que cette parole de salut a été envoyée. Car les habitants de Jérusalem, l’ayant méconnu, l’ont jugé et ont ainsi rempli les prophéties qui sont lues à chaque sabbat… Mais Dieu le ressuscita… »

Et Paul ramène le texte du Psaume toujours invoqué : « Tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption[202]. »

[202] Ps. XV, 10 plus longuement cité par Pierre (Actes II, 25-26).