Les prophéties, puis le témoignage de ceux qui ont vu le ressuscité sont les seuls arguments mis en œuvre. Paul semble oublier qu’il a, lui-même, eu la vision du Seigneur. Pas un mot sur Damas ni sur sa conversion. Il se présente comme le messager d’une doctrine qui ne sort pas de lui.
« Sachez donc bien, hommes frères, conclut-il, que par celui-ci la rémission des péchés vous est annoncée. De toutes les choses dont la loi de Moïse n’a pu vous justifier, par lui tout croyant est justifié… »
Cette doctrine hérétique dut remuer une sourde improbation, des murmures. Paul, sentant l’hostilité qui grondait, laissa pendre sur l’auditoire une menace enveloppée dans trois versets d’un prophète, la perspective du Jugement où Dieu « fera une œuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait[203] ».
[203] Citation d’Habacuc, I, 5.
Cependant, l’archisynagôgos, ayant prononcé les Bénédictions d’usage, à la sortie de l’assemblée, invita par politesse les deux missionnaires à revenir le sabbat suivant. Il est permis d’induire que leur enseignement l’avait troublé.
Au dehors, dans la rue, dans la maison d’un hôte israélite ou d’un « craignant Dieu », Paul et Barnabé continuèrent à prêcher. Beaucoup de Juifs et plus encore de païens les entouraient ; ils leur parlèrent avec une telle force persuasive qu’un certain nombre, convaincus, se préparèrent au baptême.
Aussi, le sabbat suivant, « presque toute la ville », — entendons tous ceux qui purent entrer dans la synagogue — s’y pressa pour écouter les Apôtres. L’affluence des païens, leur zèle vexa nettement les Juifs. Toujours, cet orgueil jaloux, irréductible ; il est prodigieux que, dans l’Église primitive, l’amour du Christ l’ait fléchi vers une fraternité où les Grecs, les Barbares étaient admis au même titre que les Hébreux.
Paul ou Barnabé exposa l’économie du mystère divin, comment la Grâce est donnée par le sang du Christ à celui qui croit, Juif ou gentil. De rauques interpellations coupèrent son homélie. Les Juifs insultèrent le nom du Christ. Alors, se dressant contre les blasphémateurs, Paul et Barnabé proférèrent audacieusement cette sentence :
« Il fallait qu’à vous les premiers la parole de Dieu fût dite. Mais, puisque vous la repoussez, puisque vous vous jugez indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les gentils. Car tel est l’ordre du Seigneur :
Je t’ai posé en lumière des nations