Afin que tu sois leur salut jusqu’au bout de la terre[204].

[204] Isaïe XLIX, 6.

Ceux des païens qui tendaient l’oreille au message de vie furent transportés d’entendre qu’il était maintenant pour eux, pour eux d’abord, puisque Israël n’en voulait point. Il y eut, à travers le pays, une grande rumeur. Jusque dans les huttes des bûcherons et chez les brigands des hauts plateaux on sut que l’Homme-Dieu avait sauvé le monde.

Mais les Juifs, outrés, excitèrent contre les Apôtres les grosses influences de la ville, les riches dévotes qui fréquentaient la synagogue[205], les commerçants grecs, les magistrats, même le monde militaire romain. Ils obtinrent que les intrus fussent expulsés hors du territoire d’Antioche.

[205] Les femmes païennes, plus aisément que les hommes, venaient au judaïsme, n’ayant pas à subir la circoncision.

Paul et Barnabé se souvinrent du précepte : « Partout où vous ne serez pas reçus, sortez de la maison, de la ville, et secouez la poussière de vos pieds[206]. »

[206] Math. X, 14.

Eux aussi secouèrent sur les Juifs d’Antioche la poussière de leurs sandales, signifiant qu’ils ne gardaient avec eux plus rien de commun. Ils marchèrent vers le Sud-Est, traversant les steppes de la Lycaonie, pays nourricier « d’ânes sauvages et de moutons à la laine rude[207] », battu par des vents froids.

[207] Strabon, l. XII, VI.

Quand ils approchèrent d’Iconium, Paul dut songer à Damas. Comme Damas, cette ville (aujourd’hui Koniah) adosse à des collines brûlées ses remparts, ses tours et ses lourdes portes. Les arbres de ses vergers sont abreuvés, comme à Damas, par les eaux d’un torrent canalisé en ruisseaux. Iconium est, comme Damas, un croisement de vastes routes ; c’est par là que la Galatie et la Phrygie donnaient la main à la Cappadoce, à l’Arménie, au Pont, à la Cilicie, à la Syrie.