[230] Gal. II, 6.
[231] Id. II, 2.
Néanmoins les judaïsants renouvelèrent auprès des « colonnes » l’assaut d’Antioche, les sommant de se déclarer en faveur de leur thèse :
« Il faut la circoncision ; il faut que la loi de Moïse soit observée. »
Pierre assembla le presbytérion et il donna aux principes de Paul une adhésion franche et dogmatique.
« Hommes frères, vous savez que, depuis les jours anciens, Dieu a choisi parmi nous pour que les gentils entendent de ma bouche la parole de l’Évangile et qu’ils aient la foi. Et Dieu qui connaît les cœurs a témoigné pour eux en leur donnant l’Esprit Saint comme à nous ; et il n’a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi. Pourquoi donc maintenant tentez-vous Dieu, mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? En fait, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés ; et eux, de même. »
Évidemment, ses entretiens avec Paul ont affermi chez Pierre la certitude qu’entre les Juifs et les païens convertis « Dieu ne met aucune différence ». Mais il se souvient encore plus des paroles mêmes du Seigneur. Il sait pourquoi Jésus a dit : « J’ai aussi des brebis qui ne sont pas de ce bercail. » Il rappelle ses apostrophes aux pharisiens[232] quand il maudissait leurs fausses traditions, leurs subtilités hypocrites. Cependant il ne condamne pas la Loi, ni, d’une manière formelle, la circoncision. Il garde une prudence d’arbitre, voulant, par-dessus tout, l’unité dans la paix ; plus conservateur qu’audacieux, représentant déjà, dans l’Église, cette force modératrice qui sera l’apanage du Siège apostolique.
[232] Math. XXIII, 4 et suiv. ; Marc VII, 2-13.
Avant son discours, une extrême agitation divisait l’assemblée. Dès qu’il parla, le calme s’établit ; on écouta Barnabé, puis Paul justifier leur apostolat. Tous les miracles opérés par leurs mains démontraient qu’ils suivaient la voie droite ; le Seigneur était bien avec eux. Leur témoignage émut un auditoire plus sensible encore aux faits qu’aux idées. Et puis, ces hommes, on ne l’ignorait point, avaient exposé leur vie pour le Christ ; comment leur dénier l’autorité de l’exemple ?
Mais une intervention décisive allait stupéfier leurs adversaires.