[236] I Cor. V, 1-5.
En écartant ces scandales, Jacques maintient la tradition juive ; il sert du même coup la morale évangélique. Paul ne pouvait qu’applaudir à ses propositions.
Le presbytérion les approuva : elles furent ratifiées dans une assemblée solennelle, et l’on décida de les fixer en un message collectif où les Apôtres usèrent de cette expression non impérative, mais souveraine : Il a paru bon à l’Esprit Saint et à nous… Paul et Barnabé furent chargés de le porter aux fidèles d’Antioche ; et, avec eux, partirent, pour mieux en ponctuer l’importance, plusieurs notables de Jérusalem, entre autres Silas qui allait demeurer à Antioche, fervent coadjuteur de Paul. On pouvait craindre en effet que la décision ne provoquât parmi les judéo-chrétiens des murmures.
Paul avait fait prévaloir l’essentiel de ses vues. Les Juifs étaient laissés libres dans leur fidélité aux coutumes juives ; mais, pour les gentils, le couteau du circonciseur disparaissait — ou peu s’en faut — de l’horizon chrétien. Cinq ou six ans après, il écrira aux Galates troublés par les judaïsants :
« Comme ils savaient la grâce qui m’est départie, Jacques, Céphas et Jean, eux qui passaient pour être des colonnes, me donnèrent la main droite ainsi qu’à Barnabé ; nous serions pour les gentils, eux-mêmes pour les circoncis[237]. »
[237] II, 9-11.
On a prétendu que le discours de Pierre dans les Actes démentait son affirmation. Pierre ne se déclarait-il pas, lui aussi, l’Apôtre des gentils ? En réalité, ni Paul ni Pierre ne se sont jamais attribué un domaine exclusif, comme Abraham disant à Loth : « Voici, toute la terre est devant toi ; si tu vas à droite, j’irai à gauche ; si tu vas à gauche, j’irai à droite. » Pierre avait converti des païens, Paul, des Juifs, et il persistera, prêchant dans les synagogues, tant qu’on l’y tolérait. Mais Pierre, Jacques et Jean se réservaient d’instruire surtout des Juifs circoncis ou des païens qui accepteraient la circoncision ; Paul recevait liberté plénière de former des chrétiens qui ne fussent point circoncis. Il engagea pourtant à cette observance Timothée, fils d’un Grec et d’une Juive convertie[238], afin de ne pas scandaliser les Juifs de la région.
[238] Actes XVI, 3.
Tandis que les sectaires ébionites feront de la circoncision un dur article de foi, les Apôtres, ayant l’onction de l’Esprit, la souplesse de la vérité divine, conformeront à un seul objet, au règne du Seigneur Jésus, les voies diverses de l’Évangile.
Paul, en quittant Jérusalem, pouvait donc loyalement déclarer :