« Les notables ne m’imposèrent rien[239]. »

[239] Gal. II, 6.

On lui demanda simplement de songer aux pauvres. Les saints de Jérusalem souffraient encore d’une poignante indigence ; Paul, dans toutes ses missions, fera pour eux des collectes, leur enverra des vêtements, des vivres. Ces aumônes ajoutaient aux autres liens celui d’une fraternité miséricordieuse entre les églises naissantes et l’Église qui les avait engendrées.

Mais le décret que Paul et Barnabé commentèrent à Antioche et, sans doute, partout en Syrie, ne supprima point la résistance des judaïsants. « Les faux frères » épiaient sa liberté dans le Christ, « ne cherchant qu’à l’asservir[240] ». Bientôt après, un événement dont les Actes ne parlent point prouva jusqu’où leur obstination perfide mettait en danger l’unité chrétienne. C’est Paul lui-même qui a cru devoir évoquer devant les Galates ce pénible conflit :

[240] Id. II, 4.

« Quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était mis dans son tort. Avant l’arrivée de certaines gens venus (disaient-ils) de la part de Jacques, il mangeait avec les gentils. Mais, lorsqu’ils furent venus, il battit en retraite et se tint à l’écart, craignant ceux de la circoncision. Les autres Juifs, avec lui, firent les hypocrites ; de sorte que Barnabé lui-même fut entraîné dans leur hypocrisie.

« Alors, quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas en présence de tous : « Si toi, qui es Juif, tu vis en gentil et non en Juif, comment peux-tu (moralement) contraindre les gentils à vivre en Juifs ? Nous sommes nés Juifs, nous autres ; et non pécheurs d’entre les gentils. Mais, sachant que l’homme n’est pas justifié en vertu des œuvres de la Loi, qu’il l’est seulement par la foi en Jésus-Christ, nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, pour être justifiés par la foi au Christ et non par les œuvres de la Loi, puisqu’aucune chair ne sera justifiée par les œuvres de la Loi. »

« Mais si, tandis que nous cherchons à être justifiés dans le Christ, nous nous trouvons, nous aussi, rangés parmi les pécheurs, c’est donc que le Christ est ministre de péché ? Eh bien ! non. Mais si je bâtis ce que j’ai renversé, je me reconnais donc transgresseur ! Non ; pour moi, je suis mort à la Loi par le fait de la Loi afin de vivre pour Dieu. Je suis crucifié avec le Christ. Je vis — non, ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. A présent (depuis ma conversion) ma vie dans la chair, c’est la vie dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. Je n’abolis pas, moi, la grâce de Dieu ; car enfin, si la justice est obtenue par la Loi, le Christ est donc mort pour rien[241]. »

[241] II, 14-21.

Scène véhémente, inappréciable. Que ne donnerait-on pour tenir de Paul lui-même un abrégé de sa vie narré sur ce ton-là !