L'HERITAGE D'YVON LEGOAZ
Il l'avait toujours dit, ce vieil Yvon Legoaz, et invariablement:
—A ma mort, je laisserai mon bien au plus apte à le faire prospérer.
Il pouvait, d'ailleurs, parler de la sorte, car, ne s'étant jamais marié, il n'avait point d'enfants légitimes, partant pas d'héritiers directs. Tout dépendait donc de son testament.
Ce testament était fait et prêt depuis longtemps déjà, car le jour où Yvon Legoaz avait atteint la soixantaine, il l'avait dicté au notaire, dans les formes requises par la loi, afin qu'il n'y eût erreur ni procès, et il l'avait signé d'avance. Tout y était énuméré: meubles, immeubles, terres, écus du bas de laine et le reste, jusqu'au brave couteau avec lequel il tranchait ses tartines à la miche, taillait ses rosiers et débourrait sa pipe. Seule y restait en blanc la place où écrire le nom du légataire universel.
Le vieux paysan passait pour être fort riche, et, loin de s'en défendre, il se vantait volontiers de cet avantage, ce qui est rare dans les campagnes, et en Bretagne plus qu'ailleurs. Au moindre doute sur ce sujet, il s'en allait chercher son testament dans le bahut où il le serrait sous son linge, et il vous lisait des passages:
Item: un champ de soixante acres….
Item: deux fermes louées à bail sur vingt-cinq années….
Item: une maison bourgeoise sise à Dinan, dans la haute ville….
Item: le moulin dit de la Jeannée….