On ne lui accordait aucune chance à l'héritage. Le père Legoaz voulait de la descendance et il savait que Madeleine n'était pas mariable. Qui donc s'exposerait à vivre avec une méchante, impatiente de tout joug, et dont les animaux même avaient peur? Non, bien sûr, ce n'était pas son nom qui remplirait la ligne blanche du testament.

Un soir, à la soupe, Yvon-Conan Legoaz annonça sa mort prochaine, du reste très simplement:

—J'ai les soixante-six, leur dit-il, c'est l'âge où ceux de ma race s'en vont.

Sur la route, à la nuit tombante, il avait rencontré le fantôme de son propre père, une grande ombre blanche, assise sur les degrés du calvaire, qui s'était levée à son approche et lui avait fait le signe du départ.

—On y va, l'ancien!…

Et il était rentré pour les préparatifs du voyage sans retour.

Le repas terminé, il alla prendre le testament dans le coffre, l'étendit, déplié, sur la table, demanda l'encre et la plume et s'assit, la tête entre les mains.

—Montez vous coucher tous les trois, ordonna-t-il.

Puis, resté seul sous la chandelle vacillante, le vieux chouan ouvrit en lui-même le grand débat définitif de sa succession.

—Je laisserai mon bien, avait-il dit et redit, au plus apte à le faire prospérer.