Comme il avait fini par la porter sur lui, dans une poche à ressort de son portefeuille, elle le perforait à même, tout vif, térébrante.

Un matin, après une insomnie traversée d'hallucinations, le besoin de tuer s'imposa à sa volonté reconquise; oui, s'imposa, comme une certitude algébrique. Tuer, qui? L'«ami» de l'anonymat, le colleur de mots découpés, celui qui savait la trahison d'Adèle, «fausse ou vraie», n'importe. Ce meurtre était bon, très bon, il fallait y procéder sans retard. Ce n'était pas cela qui lui faisait peur. Il y a des agences spéciales et «vidocquiennes» qui flairent les turpitudes humaines, comme certains sorciers hydrographes sentent l'eau courante dans le sol par l'humectation des orteils. S'adresser là?

Sans doute, en pareille détresse, il paierait ce qu'il faudrait payer, et dirait ce qu'il faudrait dire. Mais lui demanderait-on la lettre? Évidemment, rien à faire sans elle. «Ta femme te trompe.» Ils le sauraient alors, les détectives? Impossible, on ne déshonore pas une femme … quand on l'aime … fût-elle coupable. Un autre moyen.

Rue Sainte-Anne, numéro 11 1er, au quatrième étage, tous les jours de 2 à 6 heures consultations….

—Mme Sephora du Tarot, cartomancienne?

—C'est ici, monsieur. Veuillez entrer. Elle va vous recevoir, vous êtes
M. Charles Lemalô? Elle vous attend, Elle est prête.

Et il tend la lettre à la devineresse, dans l'enveloppe, timbrée et datée par la poste.

—Qui m'a envoyé cela?

Mme Sephora ferme un instant les yeux, palpe la lettre, sourit et dit:

—On n'a pas besoin d'être du métier. C'est une délation … contre une personne qui vous est chère….