Pendant ce temps, concertés pour un autre subterfuge, le cabaretier, le second fermier et le sabotier essayaient d'enfoncer l'huis de la sacristie qui était clos et cédait déjà à leur triple poussée.

—N'entrez pas là! vociféra une voix éperdue qui réveilla l'écho des orgues.

Et le prêtre se précipita, mais trop tard. Par la baie forcée, ils avaient déjà vu, dressés sur leurs matelas, les deux mobiles blessés, la tête bandée et grelottants de fièvre, que cachait là et soignait de son mieux le saint homme. Et la découverte les exalta jusqu'au délire.

Sauvés! Ils étaient sauvés. Deux des victimes se présentaient d'elles-mêmes à la vindicte allemande, à demi mortes déjà, d'ailleurs, et quant à la troisième, il n'y avait même pas à la désigner. Élue mentalement, dès la première minute, par les dix justiciers instinctifs, unanimes; c'était évidemment le démenté qui, à califourchon sur le bénitier, s'amusait follement de les voir se démener dans les verdâtres reflets lunaires.

Ils appelèrent à grands cris le capitaine.

—Notre choix est fait, ouvrez!

Le curé s'était écroulé, les mains jointes, au pied du tabernacle, car on peut lutter contre l'hyène, le chacal et le tigre, mais point contre la bête humaine en mal de lâcheté. Il priait.

Le capitaine vint, et, d'un coup d'oeil, il vit et comprit. Il héla huit hommes de sa compagnie:

—Portez ces deux soldats français au presbytère, plantez-y le drapeau d'ambulance, et prévenez le major. Allez!

Et, cela dit, il disparut.