Ainsi donc ils en étaient pour leur infamie. C'était entre eux, les onze, qu'ils devaient procéder à la sélection terrible et nommer les trois fusillables. Ils s'affalèrent anéantis. La lune avait tourné et les laissait en pleines ténèbres. L'horloge sonna la deuxième heure de nuit, et la question: Que va-t-on faire? fut renouvelée par le plus gros des deux métayers.
—Au sort! clama le tailleur, nos peaux se valent.
—Non, votons, proposons le cabaretier.
—Voter, comment? objecta le rebouteux, on n'y voit rien.
—C'est vrai!
Et tous de réclamer les cierges. Le curé les alluma à tâtons, comme aveugle; de grosses larmes lui roulaient sur le rabat. Ils votèrent dans sa barrette, sur une feuille de papier de contributions déchirée en dix morceaux et que le cabaretier avait encore dans sa poche.
Au relevé, l'octogénaire était condamné par six voix, et, par quatre, le sabotier, malheureux homme des bois, qu'ils connaissaient à peine et pour le voir une fois l'an, à la foire, les jours de fête de la paroisse.
—C'est bon, fit-il, on ira, mais qu'est-ce que je vous ai fait?
Le vieillard de quatre-vingts ans n'y mit pas le même fatalisme. C'était un paysan sournois qui passait pour très riche et à qui on ne savait pas d'héritiers.
—L'innocent n'a pas voté, ça ne compte pas. On n'était pas onze dans la barrette.