—Oui, et il n'a pas eu de témoin, le crime du moulin, vous le savez, pas même un peintre! Recommençons tout, mon petit Jules.
—Si tu veux, maman, l'eau est très bonne.
LE MARIAGE DE CAMBRONNE
Mon grand-oncle maternel, le capitaine Peyrot, était à Waterloo, dans la garde. Il y avait été foudroyé par la mitraille anglaise à côté de son général, l'illustre Breton Pierre-Jacques-Étienne Cambronne, le héros du «Dernier Carré», et laissé, comme lui, pour mort sous la pile sanglante des grenadiers du 2e bataillon de la troisième des braves. Il eut la chance, «si c'en est une», disait-il, d'être relevé, lui aussi, vivant encore, par les mêmes infirmiers de Wellington qui cherchaient, par ordre, son chef «dans la bouillie», et, avec lui, on l'emmena «par-dessus le marché» en Angleterre. Ils y guérirent d'ailleurs tous les deux et revinrent ensemble en France, sous la Restauration, mon grand-oncle toujours célibataire, Cambronne marié.
Et marié à une Anglaise!…
Le capitaine Peyrot, qui avait tout vu, «tout, tout», et ne s'étonnait plus de rien, «rien, rien», ne digérait pas ce mariage.
—Ce serait, clamait le vieux grognard, à vous dégoûter de l'amour si ce n'était fait depuis longtemps!
—Fut-ce donc par amour, mon oncle?…
—Qu'il l'épousa? Pas autrement. J'y étais, j'en sais quelque chose peut-être.
—Mais comment?