Dans toutes nos visites, nous avons toujours insisté près de L… pour savoir quels étaient au juste ses griefs contre M…; nous croyons devoir reproduire encore quelques-unes de ses réponses sur ce sujet.
D. Pendant que vous étiez l'associé de M…, avez-vous eu avec lui
des discussions un peu vives?
R. Je n'ai pas eu un mot avec lui pendant onze ans, nous étions
très-bien ensemble.
D. Vous n'avez jamais pensé qu'il voulût vous faire du mal?
R. Non, mais depuis, cela m'est revenu: j'ai oublié de vous dire cela; je me suis rappelé qu'il y a quelques années, en 1867, je crois, M… me fit cadeau de plusieurs bouteilles d'eau-de-vie.
Un matin, avant de partir pour mon travail, j'en pris un petit verre; je ne me suis senti de rien d'abord; un quart d'heure après, voilà qu'il me pousse des sueurs, je me sens un grand malaise, et je vomis dans la rue. Je m'arrête chez un marchand de vin, où je prends un verre d'eau sucrée; j'arrive au magasin, M…, me dit: «qu'est-ce que tu as, tu es tout pâle, tu as l'air malade», j'avais un mal de tête épouvantable, puis ça s'est passé.»
D. Avez-vous cru que l'eau-de-vie était empoisonnée?
R. Sur le premier moment, je n'y ai pas pensé, mais après, j'ai eu des doutes, parce qu'il m'avait demandé ce que j'avais, d'un drôle d'air. Je me suis rappelé qu'il m'avait déjà, dit: «as-tu goûté l'eau-de-vie?» C'est depuis ce moment-là. que j'ai un peu perdu la boule—je me suis aperçu que je n'étais plus comme avant—je n'avais plus de mémoire.
D. Est-ce que vous avez remarqué chez d'autres personnes des dispositions malveillantes pour vous?
R. Il y avait l'emballeur, M. A…, qui me regardait souvent en ricanant; un jour il me dit: «vous avez beaucoup d'argent, vous?» qui vous a dit cela? «Je le sais, M. L…».