—Vous êtes un homme précieux.

—Mon Dieu, non! mais j'ai creusé la question. J'aime le suicide, c'est ma partie. Je cours Paris pour assister aux événements; je passe des nuits entières dans une attente fiévreuse, sur les meilleurs ponts; j'applaudis avec frénésie quand un héros se précipite, et si ce n'était l'amour de l'art, j'aurais mille fois déjà succombé à la tentation. Voyez-vous, monsieur, le suicide élève singulièrement l'homme. D'abord, si tout le monde se suicidait, on pourrait croire tout le monde immortel…

—Pardon, je ne comprends pas.

—L'homme aurait l'air de ne pouvoir mourir que par sa volonté personnelle.

—Ce n'est pas la même chose.

—Enfin, le suicide nous dérobe à la honte de la vieillesse, à la douleur de la maladie.

—Mais, monsieur…

—Tenez, je veux vous faire juge d'un nouveau procédé d'une simplicité extrême, que je viens d'imaginer pour en finir avec les ennuis de ce monde. On prend…

—Que faites-vous? m'écriai-je, en le voyant prêt à donner l'exemple.

—Oh! ne craignez rien; j'ai toujours sur moi un papier où j'assume toutes les responsabilités.»