On sait dans quelles circonstances, pour une jeune fille dont il ne put obtenir la main et qui épousa un peintre célèbre, Jacques Fère finit par s'envoyer une balle dans le coeur. Pensa-t-il, en se détruisant, à la fantaisie légère et funèbre qu'il avait écrite, puis écartée naguère?
L'ironie du destin est sévère pour nos badinages.
Soeur Sainte-Ursule
Comment donc, demandai-je, cette charmante jeune femme a-t-elle été amenée à quitter le monde pour se faire soeur de charité?
Voici ce qui me fut répondu:
L'histoire de soeur Sainte-Ursule est aussi simple que triste.
Sa mère, autrefois demoiselle de magasin chez un mercier du faubourg Saint-Germain, avait, pendant dix ans, dix ans de travail et de privations, économisé quelques milliers de francs. Un garçon épicier flaira l'argent et fit la cour à la petite mercière. Il la promena tous les dimanches dans la campagne en fleur, la rendit folle de lui, et, rencontrant en elle une pudeur et une économie attrayantes, l'épousa.
Il prit un fonds de commerce dans une commune de la banlieue, et y mangea en deux ans la dot de sa femme. Ils furent forcés de vendre.
Elle se remit en place; elle venait d'accoucher et il lui restait à peine de quoi payer la nourrice de sa fille. Elle travailla avec acharnement; elle travailla pour deux, car son mari faisait semblant de chercher de l'occupation, mais ne pouvait rester dans aucune maison. Il passait le temps à se plaindre de la mauvaise chance. Ayant été négociant, il eût cru déroger en s'abaissant à reprendre un emploi. Il se laissait donc nourrir par sa femme. Il se mit à boire et devint brutal. La frêle et chère fillette était la seule consolation de la pauvre mère.
Survint un héritage. Que de plans, que de projets!… Ils s'établirent dans une autre commune suburbaine de meilleure exploitation. Le rêve de l'homme avait longtemps été de se revoir patron.