«Voyons, vous avez écrit cela? Lisez-moi cela, vite, vite, vite!
Soulagez-moi. Je souffre.»

Je lui lus ce qui suit; et tandis que les phrases tombaient de mes lèvres, je pouvais voir le soulagement lui venir, je pouvais voir ses muscles contractés se détendre, l'anxiété quitter son visage, et la sérénité revenir doucement sur ses traits, comme un suave clair de lune sur un paysage désolé.

Voici ce que je lus:

«Le Guano.—C'est un bel oiseau, mais il faut beaucoup de soins pour l'élever. Il ne doit pas être importé plus tôt qu'en juin, ni plus tard qu'en septembre. L'hiver, il faut le laisser dans un endroit chaud, où il puisse couver ses petits.

«Sur la Citrouille.—Ce fruit est en faveur chez les natifs de l'intérieur de la Nouvelle-Angleterre, lesquels le préfèrent aux groseilles à maquereau pour faire les tartes, et pareillement lui donnent la préférence sur les framboises pour alimenter les veaux, comme plus nourrissant et tout aussi satisfaisant. La citrouille est le seul comestible de la famille des oranges qui puisse vraiment réussir dans le Nord, avec la courge et une ou deux variétés du melon. Mais l'habitude qu'on avait de la planter sur le devant des jardins est en train de s'en aller très vite, car il est aujourd'hui généralement reconnu que la citrouille, comme ombrage, ne fait pas bien.

«En ce moment, les chaleurs approchent et les dindons commencent à frayer…»

Mon auditeur ne put y tenir; il bondit vers moi, me serra les mains et dit:

«C'est bon! Merci, monsieur. Je sais maintenant que je n'ai rien, car vous avez lu cet article juste comme moi, mot pour mot. Mais, jeune étranger, quand je l'ai lu ce matin pour la première fois, je me suis dit: «Jamais, jamais je ne l'avais cru jusqu'à présent, mais je le crois maintenant, je suis fou, fou!» Et avec cela j'ai poussé un hurlement que vous auriez pu entendre d'une lieue; puis je me suis sauvé pour tuer quelqu'un, car, vous savez, je sentais que j'en viendrais là un jour ou l'autre, et je pensais qu'il valait mieux en avoir le coeur net tout de suite. J'ai relu un de ces paragraphes d'un bout à l'autre, afin d'être bien convaincu de ma folie; vite j'ai brûlé ma maison de la cave au grenier et je suis parti. J'ai estropié plusieurs personnes, et j'ai mis quelqu'un à l'ombre, dans un endroit où je suis sûr de le retrouver si j'ai besoin de lui. Puis, en passant devant le bureau, j'ai pensé à monter ici pour tirer définitivement la chose au clair; et maintenant ça y est, et je vous réponds que c'est bienheureux pour le bonhomme qui est à l'ombre. Je l'aurais tué, pour sûr, en revenant. Merci, monsieur, merci! Vous m'avez ôté de l'esprit un grand poids. Ma raison a soutenu le choc d'un de vos articles d'agriculture, et je sais que rien ne pourra l'altérer maintenant. Dieu vous garde!»

Je ne me sentis pas tout à fait à mon aise, en pensant à l'incendie et aux crimes que s'était permis cet individu, car je ne pouvais m'empêcher de me sentir un peu son complice; mais ces idées s'évanouirent vite, quand le véritable directeur du journal fit son entrée.

Le directeur paraissait triste, perplexe, abattu.